samedi 24 février 2018

Marcher à cloche-pied

Quand le harpon de l'amour se saisit de votre cœur
Ne peut que battre pour cet autre qui vous fait l'honneur
De partager quelques instants de vie
Au fil des pages d'un livre infini

Quand ce harpon se tend, votre cœur s'essouffle
Perdu dans des profondeurs qui vous étouffent
Et de voir partout la nuit en plein jour
Et de rêver à dormir sans retour

Quand la ligne s'est arrachée, il palpite encore
Mais une arythmie s'est épris de lui, le dévore
De l'intérieur comme un rat dans vos cales
Qui viendrait ronger vos pudeurs bancales

Quand il ne reste plus que la pointe, lame à l'âme
Vous marchez à cloche-pied, perdu, sans oriflamme
Un pied dans votre cénotaphe
Un autre comme un logographe

Quand il ne vous reste plus que vos souvenirs
Vos songes délirants, un monde sans zéphyr
Le chat de Schrödinger est votre ami
Le saluant bien bas, votre kami


jeudi 22 février 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 22

Chapitre 22

Les semaines suivantes sont donc consacrées au tir à l'arc. Mais le plus dur pour les deux jeunes gens, c'est qu'ils ne comprennent pas qu'il ne faut pas penser à la cible, mais faire corps avec elle. Alors Omae tente différentes approches pour qu'ils atteignent le niveau suffisant de calme, de relaxation pour que le tir soit parfait.

Oxygène qui nourrit mes mots

Lorsque les vagues secouent mon esquif
Lorsque les vents déchirent ma voilure
Lorsque les fonds rocheux râpent mon if
Lorsque le feu s'est éteint tel l'augure

J'observe ma plage au sable rugueux
Ne présentant plus aucune trace du passé
L'histoire effacée par l'horloge trépassée
Le temps se fige dans un espoir creux

Là terre tremble en mon esprit rebelle
La lave emporte mes désirs dans sa fureur
La pluie strombolienne m'est sans appel
Là mon ego ne sait plus discerner sans peur

Je bois le calice de vie comme un nectar
Un poison qui m'abattra sans gloriole
Et le ciel tournoie comme mille lucioles
Entourant de leur grâce le roux nénuphar

Où va le sang qui coule dans mes yeux évincés
Où se trouve l'oxygène qui nourrit mes mots
Où vont les larmes de mes artères émaciées
Ou qui vont engendrer l'érosion de mes émaux

Je touche ma peau translucide de l'absence
L'horizon des événements dans le futur
Un temps que seuls mes écrits connaîtrons, impurs
Un instant figé, agité de mon essence


mardi 20 février 2018

Mes vers apyres

J'ai aimé deux fois dans ma petite vie
Chacune de ces personnes avait un prénom en "elle"
Elle, l'absolue féminin, source de ma poésie
Elle, deux anges dont je ne voyais que les ailes

J'ai aimé deux fois, différemment et entier
Un amour adolescent, idéalisé et transi
Un vent d'automne dont les feuilles s'impatientaient
Un bruit de l'eau sur le sable qui s'en saisit

J'ai aimé deux fois, sans limite de toute mon âme
Un amour adulte, où tout mon être s'exprimait
Un lever de Soleil qui me réchauffait de ses flammes
Un coucher de Lune qui tenait mon esprit dans l'excès

J'ai aimé deux fois, en me cachant, vibrant intérieurement
En acceptant la distance que je m'imposais
En étant sourd, par infirmité ou par peur de l'évident
En refusant de voir que les nuages la dissimulaient

J'ai aimé deux fois, espérant que je serais transparent
Doux et sensible et non de ces mâles guerriers tatoués
J'ai rêvé que par porosité mon soi se révélant
Elle(s) m'aurai(en)t aimé pour qui je suis, dénudé

Jamais ne sera trois car j'ai appris ma leçon
L'Idéal n'est qu'un mirage inatteignable, une illusion
La vie n'est vraie qu'en son fort intérieur, sans fond
L'espoir réside hors des égos qui ne sont qu'alluvions

Alors de mes pages noircies, je vis un dernier amour
Celui qui ne se terminera que le jour de mon tombeau
Celui où je regarde les autres avec compassion le jour
Gardant mes nuits pour mes abysses et mes défauts

J'ai aimé deux fois et j'aime à nouveau maintenant
Elles, Ils, peu importe, tous je les transporte
Dans ma faible capacité, d'un effort permanent
Je reste dans mes limbes mais tous les jours je m'exhorte

J'ai aimé deux fois et j'aimerais jusqu'au dernier soupir
Mes deux "elle", comme une peinture, une musique, une sculpture
J'aimerais et je mettrais de la couleur dans mes vers apyres
Afin que le feu qui couve en moi résiste à ma sépulture


lundi 19 février 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 21

Chapitre 21

Durant les semaines qui suivent, Omae se concentre encore plus sur la méditation, les sons durant les sûtras, les leçons qu'elle reçoit de Kototama, l'art du son vital, et, en écoutant Dogen, un sens nouveau au Zen qu'elle avait ignoré jusqu'ici. Elle prend un plaisir, certes difficile car exigeant, mais toujours plus grand à ces séances de zazen, où les phénomènes s'effacent pour le vide, le vide pour les phénomènes. Elle prend conscience d'une autre façon d'aborder les techniques guerrières, pour en faire quelque chose de plus.

Jamais ne plie

Musique : C-N-R
Texte : 251
YouTube : https://youtu.be/T6AvYkoJV1s

Pré couplet
    Si tu sens tes pieds qui dérapent
    Si tes rêves s'enfuient, s'échappent

Couplet
    Alors lève la tête et affronte tes démons
    Poursuis toujours ta quête et ouvre grand tes poumons

    Rien ne te sera donné, tu devras travailler
    Mais reste hors des damnés si tu veux t'envoler

Refrain
    Jamais cette vie ne saurait être un champ de fleur
    Seuls les morts en sont satisfaits. Il te reste l'honneur

    Jamais tu ne plies, sans regret, tu caches ta douleur
    Seuls tes mots seront ton fleuret, tu n'es pas un hâbleur

Couplet
    Alors puise de tes poings ce qui te manque encore
    Bats-toi, noble et sans témoin contre ces vils accords

Refrain
    Jamais cette vie ne saurait être un champ de fleur
    Seuls les morts en sont satisfaits. Il te reste l'honneur

    Jamais tu ne plies, sans regret, tu caches ta douleur
    Seuls tes mots seront ton fleuret, tu n'es pas un hâbleur

Couplet de fin
    Après ton dernier soupir, tu pourras être fier
    Car tu auras ton empire, en ne soulevant aucune poussière


dimanche 18 février 2018

Renaître, Phœnix, de mes cendres

L'hiver prend ses racines des maux
Et les fait pourrir telles sèves vicieuses
Remontant le long de mes chants rameaux
Je perds l'usage de mes bases précieuses

Incapable d'empêcher cette gangrène
Mon être se disperse comme sur un bucher
Le charbon ne sera plus ma prochaine graine
Mais le terreau d'autres flammes qui viennent me lécher

Le moment T de son apparition s'est évanoui
Au fin fond de ma mémoire consolidée
Mais le pardon impossible est une lame agonie
Qui m'ouvre le ventre de l'intérieur damné

Le calme, le souffle et même la Lune ne peuvent soigner
Le mal profond qui a corrompu mon âme
J'ai hélas trouvé ma faiblesse, la poignée
De la dague qui plonge ma vie dans son drame

Survivre, oui, mais il me faudra reconstruire
Mes remparts, mes donjons pour y enfermer
Ce vautour affamé qui vient me détruire
Se nourrissant de mes pires et dures pensées

Relever la tête, encore une fois, se jetant à corps perdu
Dans les champs de Maldoror pour n'être plus
Et renaître, Phœnix, de mes cendres, sans but
Mais reprendre mon chemin sur les braises nues


La Lune et le Sabre - Chapitre 20

Chapitre 20

Les jours passent ainsi sans difficulté. Omae a l'impression d'être un peu libre, mais quelque chose la tourmente toujours durant ses nuits. Heureusement pour elle, l'ermitage lui assure une forme d'isolement durant la nuit, la rendant ainsi sereine au matin, en apparence, sans que personne ne se doute de ses propres troubles.

"Si seulement les adolescents, et en particulier Koji, n'insistaient pas pour m'affronter", pense-t-elle. En effet, tous les jours ou presque, Koji revenait à la charge, en disant qu'il ne pourrait pas savoir quand il serait prêt s'il ne pouvait se mesurer à elle. Omae répondait à chaque fois qu'il saurait quand il serait prêt, ou qu'elle le lui dirait, mais que le moment n'était pas venu. Et ceci se répète encore et encore. Un jour, même Miki s'y met.

La Lune et le Sabre - Chapitre 19

Chapitre 19

Le départ pour Annyo'in se passe sans encombre, même si chacun sent que les résidents du Kennin-Ji sont plutôt satisfait de voir cette petite troupe, Maître Dogen Ejo et Omae, s'en aller loin de leur pratique usuelle. Quelques regards insistants se posent sur Omae, en forme de reproches, mais le maître du temple a veillé à ce que personne ne s'exprime, aussi tout se déroule dans le calme. Elle a même transmis à un autre moine la responsabilité du jardin de soja, avec quelques conseils.

Arrivés à l'ermitage, celui-ci est assez petit. Omae pensait qu'il était plus loin mais, en fait, il n'est qu'à quelques heures du temple qu'ils viennent de quitter. C'est un endroit assez petit. Mais il permet d'héberger quelques personnes sans difficulté. 

Pris par l'essaim

Je ne suis pas un ange, je ne suis pas un démon
Et si je vous dérange, me voyez écrivaillon
Déclenchez la vidange, mes pauvres écrits brulons

Que la Saint-Jean soit un bûcher de mes oripeaux
Que la Saint-Sylvestre entame la fin de l'éclos

J'aurais tant voulu aimer, apporter ma bienveillance
Mais je vous vois tous mimer, ignorer avec prestance
L'âme à nue qui veut rêver, s'envoler sans persistance

Que la Saint-Nicolas révèle mes cicatrices
Que la Saint-Martin présente ma mort débitrice

J'aurais désiré pleurer, laisser mon cœur sans geôlier
Mais je dois sécher mes plaies, crever mes abcès souillés
Et sourire pour masquer, éviter de vous vicier

Que la Saint-Étienne m'accorde ma voix portée
Que la Saint-Luc me soigne mes illusions dictées

Je ne suis plus un homme, je ne connais pas vos règles
Je resterais personne, plus sur terre, comme un aigle
En sourdine il résonne, mon cœur plus vieux que vos siècles

Que la Saint-Patrick fasse fuir mes sombres serpents
Que pour la Saint-Lazare, revive mon volcan


samedi 17 février 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 18

Chapitre 18

Et les mois passent, puis les années. Les deux jeunes enfants sont maintenant des adolescents. Koji est devenu plus robuste. Il manie le sabre de bois avec dextérité et virulence. Il demeure impétueux, mais les bons services de Ejo le ramène à un calme maîtrisé. Sa sœur Miki est plus efficace au tir à l'arc, même si elle sait se défendre contre Koji. Il reste plus rapide et plus fort qu'elle en puissance, mais elle agit avec un instinct de survie qui dépasse parfois les réflexes de son frère.

mercredi 14 février 2018

Sang las tant vain

Vain sale hautain
Lorsque ce jour étrange prend forme
C'est un monstre qui me chloroforme
Qui saisit ma main

L'un va tant sain
Lorsque deux n'existe plus
Il me faut n'inspirer plus
Pour ce destin

Teint lassant vain
Lorsque les fleurs restent fanées
Arrachées de leur plancher
Sans lendemain

Temps lent ça vainc
Lorsque les bagues se sont échappées
Enfouies profond dans le sol, happées
Me cache enfin

Vint à semblant
Lorsque les roses sentent la pourriture
De nos âmes meurtries en déchirure
Fige mon sang


mardi 13 février 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 17

Chapitre 17

Les jours suivants, quand les enfants viennent, ils aident Omae dans son champ de soja. Ainsi elle peut plus rapidement se libérer et les accompagnant dans les abords du temple élevé, avec sa forêt quasi mystique, elle peut alors leur enseigner, à tous les deux, les arts guerriers.

Miki est une fille, plus jeune que Koji, mais cela ne change rien quand à la dureté avec laquelle "leur nonne" l'entraîne et la traite. Elle fait juste attention à ne pas la blesser physiquement, contrairement à Koji. Cependant, elle n'hésite pas à lui faire mal.

Chanteur de charme, Vendeur de larmes, Rendez-nous nos femmes

"Chanteur de charme, Vendeur de larmes
Rendez-nous nos femmes"

Quand un énergumène se trémousse sur la scène
En postillonnant sur le public amassé
Au premier rang, telle une semence divinisée
Les groupies sont en extases, obscènes

Quand un hurluberlu secoue sa main frénétiquement
Sur le manche de sa guitare électrique
Dans un mouvement pour le moins érotique
Les fans se pressent pour être son unique chimériquement

Pendant ce temps l'auteur rature ses mots sur ses pages
Il a les doigts crispés à force de trembler pour un mot
Pour un rythme dénaturé, une émotion fortissimo
Et son stylo de tâcher sa chemise comme un mauvais clampage

"Chanteur de charme, Vendeur de larmes
Rendez-nous nos femmes"

Il est facile sous les sunlights de briller, de faire rêver
Et de subjuguer par la réverbération de sa voix
Faisant ainsi croire à une profondeur qu'il dévoie
Ses auditrices agglutinées contre la scène, lovées

Il est facile de se déhancher avec son instrument
Donner l'impression de tenir par les hanches La Femme
Alors qu'il ne tient que son ego comme seule flamme
Se concentrant sur son nombril comme un monument

Pendant ce temps l'écrivaillon coincé dans sa chambre sombre
Peine sur ces lignes qu'il voudrait sublimes et vivantes
Il voudrait que la gente féminine lise et soit aimante
Mais in fine, il reste seul loin des lumières, dans la pénombre

Référence et citation de "Vendeurs de larmes" de Balavoine : https://youtu.be/uY_1YPdMKLI
Lautréamont (poète maudit)

dimanche 11 février 2018

Forger son mythe

Lorsque les hommes se rendent compte de la folie
Les rivières saccagées, les prairies empoisonnées
Les forêts incendiées, la déshumanisation de la vie
Lorsque ces hommes-là prennent conscience d'être damnés

Ils se redressent, ils se mettent sur leurs pieds
Ils décident d'un autre chemin, d'échapper au bourbier

Leur avenir est incertain, perdu dans les méandres du delta
Mais rien ne saurait arrêter leur course, tel le Soleil
Les astres auront bien le temps de faire leur pause après la vendetta
Et les souvenirs pour se rafraichir, sont comme des bouteilles

Ils se lèvent, ils se révoltent en bravant la fureur
Ils affrontent l'oubli, ils chevauchent sans la moindre peur

Leur monture est parée de cuir et d'acier, filant dans la plaine
Ils foncent droit vers ce lendemain, où l'espoir serait permis
La nuit ne saurait les arrêter, tant que brille la Lune ancienne
Sous les sabots des fiers compagnons, fidèles, sans compromis

Ils forment une cohorte, dirigée vers une destinée
Dont ils ne verront sans doute jamais le premier-né

Mais les femmes sont plus puissantes, elles, elles donnent naissance
Et à ce titre, les hommes droits les respectent et les protègent
Ils se sacrifieront s'il le fallait pour leur incandescence
Et pour une communauté tournée vers une postérité montée en arpège

Ils et elles sont unis, ils ne forment plus qu'un groupe, une famille
Elles et ils ne lâchent rien, manipulant le marteau ou la faucille

Peu importe les combats, peu importe les défaites
Sans jamais abandonner l'un des leurs, comme un corps massif
Ils avancent encore et toujours, en redressant la tête
Ils se sourient, se tapent dans le dos ou se tiennent la main, pensifs

Elles et ils ne sauraient s'arrêter dans cette épopée
Ils et elles chantent fort pour que leurs voix dépassent la canopée

Demain, ils n'y pensent pas, ils ne s'occupent que de maintenant
Maintenant, ce moment particulier, où les humains mettent pied à terre
Où les destriers s'abreuvent et se reposent, tout comme leurs cavaliers impressionnants
Ils regardent l'aube se lever, et pour un instant, ils oublient cette guerre

Le repos de cette patrie, où l'égalité fait loi, où le respect est sans limite
C'est un tableau aux couleurs étoilées. Durant la nuit, ils forgent leur mythe

Musique : C-N-R
Texte et voix : 251

Basé sur la musique instrumentale : https://youtu.be/COcfvT_cvO0



La Lune et le Sabre - Chapitre 16

Chapitre 16

Après la séance de méditation de midi, Ejo vient à la rencontre d'Omae. Elle est toujours dans son champ, agenouillée, s'occupant avec intensité de ses jeunes pousses. En la saluant, il commence, un peu gêné :

- Dame Omae, j'ai appris des enfants qu'ils voulaient vous aider dans vos tâches agricoles. J'ai compris que c'était pour avoir ainsi plus de temps avec vous pour apprendre les techniques guerrières.
- C'est ce qu'ils m'ont proposé en effet. Je leur ai demandés de voir avec vous.
- Sur le principe, je suis d'accord... Mais il y a une chose... Je ne sais pas... Miki... Apprendre les techniques elle-aussi ?
- C'est le désir qu'elle a exprimé. Je ne le lui ai pas insufflé, si c'est votre question...
- Non, je ne pensais pas... Enfin, si en fait ! Je pensais que vous aviez insinué cette idée saugrenue dans la tête de cette petite fille.
- Saugrenue ?
- Oui, enfin ! Une femme ne peut pas être samouraï ! C'est le rôle des hommes...


samedi 10 février 2018

(Plume-5) - épisode 5


Elle trébucha dans le noir environnant sur un objet au sol, alors qu'elle se dirigeait vers la commode où se trouvait la lampe de poche illuminatrice de ses angoisses obscures. Elle se mit à tâtons pour toucher du bout des doigts de sa main droite l'objet ou la chose au sol sur lequel elle avait buter. C'était chaud, fibreux : un manteau ? Un vêtement ? Mais pourquoi chaud... Elle sentait une viscosité sous-jacente. Elle souleva le tissu, en utilisant sa main gauche cette fois pour rechercher l'origine de cette tiédeur. Elle perçu quelque chose de visqueux, presque solide, avec une odeur qu'elle n'avait pas encore perçu avant, masquée par l'odeur de cigarette.
Elle porta ses doigts obliques près de son nez. L'odeur, elle la reconnaissait maintenant : du sang !
Elle fit un bond en arrière immédiatement, manquant de se cogner la tête à la table basse derrière elle. Elle tremblait de toute part. Mais de qui était-ce le sang ? Elle restait prostrée à un ou deux mètres de cet amas sur le sol, dont elle ne distinguait que très peu de contours, dans la pénombre environnante.
Encore une fois, sa force de caractère se révéla. Sarah, ce n'est pas par hasard que ce nom lui fut donné. Noire de peau, elle n'était pas sans rappeler la patronne des Gitans... Elle pris sa décision, et contourna comme elle le put cette masse et attrapa enfin la salvatrice lumière électrique de la commode.
Elle appuya sans oser se retourner immédiatement. Elle sentait ce monceau de tissus et de sang derrière elle, mais préféra regarder d'abord dans le miroir, face à elle, situé sur la commode. Elle pouvait revoir la table avec le cendrier froid. Mais l'angle ne lui permettait pas d'observer le sol à quelques mètres derrière elle.
Elle regarda ses pieds et observa que ceux-ci avaient laissés une traînée de tâches sur la moquette, tâches rouges sombres, d'un sang déjà ancien, mais pas encore sec. D'où la chaleur qui s'en dégageait...
Ignorant pour le moment ce qu'elle ne voulait pas voir, elle se dirigea vers le tableau électrique pour remettre le courant dans sa maison...


vendredi 9 février 2018

L'aurore

Il fait nuit dans cet univers dévasté
Plus aucun photon ne vient percuter
Le fond de mes rétines
Un moment où je me mutine

Il fait nuit dans mes mots et mes vagues
Je coule dans les abysses où je divague
Mon radeau a vu ses lianes pourrir
Mes rêves ne sont plus qu'un délire

Il fait nuit dans l'histoire qui ne prend fin
Les mêmes personnages atroces me voulant défunt
Je pousse sur mon poignet
Tenant ma plume saignée

Il fait nuit dans la mélodie d'opéra tragique
Où les morts sont les héros, des géants magiques
Où mon indicible être se flêtrit
Senteurs de fin d'automne pourris

Il fait nuit dans les raisonnements froids sans logique
Les causes sans conséquences, les résultats en toc ou antiques
Où mon esprit s'effondre, aliéné
Camisole d'un futur instantané

Faut-il attendre l'aurore et les blonds cheveux du Soleil
Sur ma peau embrassée de ses boucles merveilles
Le jour viendra, la nuit pourra prendre fin
Le jour viendra, si jamais sera demain


Plumes jointes : Ceux qui t'aiment

Je t’écris cette lettre
Moi, juste ton ami
Je ne suis ni poète
Et même pas affranchi

Venu te dire une chose
Anodine et pourtant
Toi qui aimes tant les roses
Et certains le chiendent

Tu as cette lumière
Qui transparaît souvent
Qui aide sans le savoir
Parfois quelques errants

Je t'écris cette lettre
Dont l'adresse est ton cœur
Rien ne peut disparaître
Pour une telle auteure

Tous les vents des brigands
Ne sauraient supplicier
La plume, doux onguent
Des maux si outranciers

Tu as cette élégance
Précieuses ailes d'ange
Portail de transcendance
Et loin de toute errance...


A suivre, pour ceux qui t'aiment

Cyril Naissant & 251


jeudi 8 février 2018

Tu seras toujours là

Rien ne saurait
Rien ne sera
Rien ne fut
Tu seras toujours là


Les vents mugissant dans tes cheveux
Font onduler toutes mes pensées
C'est un bien long voyage passé
Qui me rendait autrefois si heureux

Les lourds embruns caressent mon coeur
D'une douce mélodie diaphane
Je plonge dans mes rêves profanes
Mes mains tendues pour qu'ell' t'effleurent


Pourtant rien ne saurait
Pourtant rien ne sera
Pourtant rien ne fut
Et tu seras toujours là


L'oubli des secondes écoulées
Entre tes bras tendres, déguisés
D'une émotion hélas parfumée
D'un désir absent, inanimé

Un tremplin vers ce tout nouveau monde
Un saut dans le vide avant ma fièvre
Un temps froid suspendu à tes lèvres
Et je souris malgré moi, si sombre


Même si rien ne saurait
Même si rien ne sera
Même si rien ne fut
Je te verrais toujours là


Ce futur ancien est à écrire
A quatre mains ou à deux, sans toi
Ce "peut-être", ce "je ne sais quoi"
Qui m'a fait pleurer et puis sourire

Si mes larmes s'écoulent sur mes joues
Je n'oublierai rien, je deviendrais fou
Attendant l'impossible rendez-vous
Que ma barque sur ce sable s'échoue


Toujours si rien ne saurait
Toujours si rien ne sera
Toujours si rien ne fut
Toujours je rêverais de toi

Toujours si rien ne saurait
Toujours si rien ne sera
Toujours si rien ne fut
Toujours je rêverais de toi

De toi

Musique : Cyril Naissant
Texte et voix : 251

Main dans la main

Main dans la main, tête contre épaule
Les yeux mis-clos dans un silence d'ange
Les passants n'ont pas la même échelle de temps
Souriant à la vie, le cœur palpitant
Les secondes sont une éternité où rien ne change
Assis sur un banc, dans le parc, sous un saule

Les regards voient l'infini aux creux des paumes
Le souffle est si profond que rien ne les dérange
Le Soleil et la Lune sont unies pour un instant
Un rêve devenu réalité qui s'étend
Au-delà de la vue, caché sous sa douce frange
El les cœurs tout comme les fleurs embaument

De l'autre côté du lac, perdu dans son enfer
Fixant sans y croire ce spectacle atroce
La respiration saccadée, la bouche sèche privée d'Éros
Je regarde, de l'amour de ma vie, les liens se défaire


mardi 6 février 2018

On ne se bat pas dans l'espoir du succès

Seul, face à une furie de cuir et d'acier
Il avance, le dos droit, la tête menton rentré
Il n'est plus la bête assoiffée qu'il était
Il glisse sur l'herbe fine et fraîche, nus pieds

Son regard n'est plus haineux, il sourit même
Avant le matin, il a fait ses adieux blême
A la Lune, la peur s'est effacée sans peine
Et il avance les mains détachées, sa vie, il l'aime

Au premier assaut, son esprit est un éclair
Il fend l'air de ce torrent, il ne veut fléchir
Et le décompte commence, son lotus sans flétrir
Le cuir ne saurait résister à cet alliage aurifère

Face au nombre, ses deux bras sont ornés de charmes
Virevoltants, parant les attaques infamantes
Et font vivre les âmes froides et tranchantes
Huit... Sept... Six... Le nombre décroit sous ses larmes

Mais sa force se révèle fragilité, tranchant brisé
Mains nues, il ne se résigne pas et s'éveille
La vie rugit en lui, et le Soleil levant est une merveille
Peu importe l'issue, son chemin aura été irisé


Titre issu de Cyrano de Bergerac de Edmond Rostand

lundi 5 février 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 15

Chapitre 15

Plusieurs mois passent ainsi, le printemps revenant doucement. Omae est à nouveau très occupée par son jardin de soja. C'est sa fonction principale. Elle n'a pas beaucoup de temps à accorder à Koji, qui passe donc plus de temps avec Ejo. De temps en temps, l'enfant vient la chercher pour l'emmener dans les sous-bois du grand temple majestueux. Mais les séances sont courtes, et bien souvent elle lui dit de simplement s'entraîner seul, elle devant se concentrer sur la fragile tâche qui lui est confiée. Elle est ainsi souvent à genoux, au pied des pousses minuscules qui voient petit à petit le jour.

Son travail est incessant : enlever les mauvaises herbes, nettoyer les feuilles des parasites divers, éloigner les limaces ou autres vies qui voudraient s'emparer de ses trésors. Mais Koji n'est pas content. Il a l'impression que "sa nonne" le laisse tomber. Elle passe moins de temps avec lui. Et tout ça pour des bêtes plantes, alors que le temple pourrait acheter le soja aux paysans aux alentours grâce aux dons qu'il reçoit. Ejo essaye de lui expliquer que chacun a une fonction dans la communauté d'un temple, une mission. Et celle de Dame Omae est de s'occuper de ce jardin. Rien ne la fera dévier de son devoir.


Fragile poésie

Les lettres se dressent tels des piliers souterrains
Pour supporter la dalle des mots éphémères
Où le poids des passions et des désillusions
Voudrait écrouler tous ces murs, évasion
D'une âme dont les armes s'écoulent dans la mer
Pressant le vent des émois sur les rochers empreints

Sur ce socle délicat, les phrases se montent en murailles
Plus hautes les unes que les autres, rattachées en vers
Et contre tout, pour former les quatre côtés
D'un palais où la lumière vient, hébétée
Éclairer des fresques où chacune est un univers
Que même aveugle, on déchiffrait du bout des doigts, en braille

Lorsque la voûte se dévoile, au-dessus de cette enceinte
Le rythme se déchaîne en souffles courts, hors des contraintes
Pour se délier en rondes douces soumis aux effets de l'absinthe

Et lorsque la dernière ligne est enfin parcourue
Lorsque le dernier souvenir des sons se tait, disparu
Il ne reste plus rien, rien que des débris d'un intrus

Et c'est à cet instant que la violence des images
La peinture des combats victorieux en hommage
Se transforment, l'être faillible n'est plus un personnage

Source https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fragile_Emotion.jpg

dimanche 4 février 2018

Notre étincelle : notre fragilité

Nous nous croyons fort, imperturbable, carapacé
Nous nous préparons au pire, tel un samouraï
Prêt à mourir à tout instant sous la mitraille
Nous ne cherchons que le beau, le bien, les belles pensées

Mais de ce qui apparaissait pour un ange aimé
Un être de lumière pour qui nous nous serions sacrifié
Tout à coup notre propre peau devient scarifiée
Et notre cœur se retrouve pétrifié, enfermé

Et toute cette philosophie de vie se trouve piétinée
Par ce blanc archange et son noir messager
Par des mots, de simples mots, mensongers
Et tout notre monde est conduit à être guillotiné

Quels que soient nos efforts pour pardonner
On aperçoit le froid de la larme d'acier
Se rapprochant encore plus près du supplicié
Et tout expose notre étincelle : notre fragilité

Prométhée enchaîné de Peter Paul Rubens

samedi 3 février 2018

Le pardon se mérite

Le pardon, qu'est-ce ? Une volonté propre
Ce n'est pas un sentiment, un raisonnement
Ce n'est pas l'ego ou le corps en détachement
C'est ce "soi", profond, qui refuse l'opprobre

Quand peut-il être valide, acceptable
Un crime contre l'humanité est sans pardon
Une insulte en privé, une blessure du tréfonds
Sont candidates à cette résolution respectable

Mais lorsque l'autre outrepasse le respect
Lorsque notre honneur est sali en public
Par des diffamations odieuses, obliques
Comment excuser ce qui, sa réputation, défait

Ma ligne de conduite est la pureté des relations
L'acceptation du libre-arbitre, l'absence de haine
Ne pas pardonner n'est pas haïr, ni même de la peine
Mais le refus de comportements inhumains, calomnieuses délations

Je resterais socialement neutre, voire bienveillant
Mon mon honneur est mon seul défaut, mon seul talent

Je n'irais pas en guerre, en cherchant l'anéantissement
Mais je resterais debout, faisant face aux mots déments


vendredi 2 février 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 14

Chapitre 14

Trois jours se passent sans encombre. Les enfants ne sont pas revenus encore. Aucun moine n'est venu chercher la nonne dans ses refuges, que ce soit dans la remise dédiée aux vivres, la cuisine où elle apporte les condiments, ou la forêt du temple perché. Trois jours où Omae peut constater que Dogen a tenu parole. Personne ne vient l'importuner. Mieux encore, ils l'évitent un peu. Pour d'autres, ce serait sans doute une punition qu'ils ne pourraient supporter, cette solitude forcée, mais pour elle, c'est un cadeau sans prix. Elle aime pouvoir être avec elle-même, sans avoir à échanger des mots inutiles et futiles.

Ce quatrième jour, les enfants reviennent. Ejo les reçoit en premier, comme d'habitude. Que leur dit-il ? Elle ne le sait pas. Elle a entendu le son de leurs voix, mais elle ne voit pas le garçon venir aussitôt pour son nouveau cours. Au bout de près d'une demi-heure, enfin, Koji apparaît à l'entrée de la remise dans laquelle elle se tient, toujours occupée à vérifier la bonne conservation des aliments qu'elle y a déposés.

Le spectre de papier

L'ombre noire s'approche avec sa faux de papier
Sans même un avertissement, elle frappe sans pitié
Le vent du mensonge envahit l'espace assombri
Et les ronces écorchent les idéaux évanouis

Elle se dresse de toute sa splendeur nocturne
Tel un vautour affamé de la chair importune

L'orage se répand sur les contrées autrefois verdoyantes
Et sacrifie le moindre souvenir plaisant des amours ondoyantes
L'éclair enflamme le bûcher du petit homme condamné
Attaché par ses liens de cœur aux émois rançonnés

Elle cache de sa bure ténèbres les rayons de la Lune
Tel d'un four crématoire s'échappe les vapeurs d'infortunes

Mais le nain ne se mettra pas à genoux, menton dressé
Il se tient droit, face à son spectre qui veut l'oppresser
Nulle violence, nul coup bas, juste la vérité pour blason
Des mots simples en étendards, fi de la haine, en contrepoison

Il ne craint pas cette fossoyeuse, dont l'hymne est la rancune
Même si son avenir est la cendre, il sera sans lacune

La tête froide, tandis que son âme est consumée de mille brasiers
Il brandira son fanion et sortira propre de ce puant lisier
Jamais il ne se mettra à genoux, même lorsque son sang se figera
Il tombera debout, et poursuivra sa lutte via son samsara

Ce nain, ce faible n'est pas tel qu'on le croyait, sans force aucune
Il est, il demeure en l'instant, ici, et de ce démon, li est immune


jeudi 1 février 2018

Si la question du trait passé vint

Souvent je m'évade dans les nuages de mes pensées
Imaginant que mes ailes ne sont plus arrachées
Le vent glissant le long de ma plume encrée
Aiguisant mes sens de mes émotions cachées

Rares sont les moments où je me pose
Encore un instant à repousser la pause
Poursuivant ce voyage qui me transpose
Où les pollens jamais ne m'indisposent

Nul ne sait si jamais un jour il prendra fin
Si seulement il pouvait continuer demain
Encore une nuit, et peut-être même un matin

Attendez encore un peu avant d'appeler le médecin
Le rythme de mon pouls n'est pas si assassin
Au moins donnez-moi l'éventualité qu'il soit feint

Muselé dans mon silence de papier
Oubliant l'oxygène de respirer
Retournant le problème comme un écolier
Tâtonnant sur les différents possibles sentiers

Et si il ne fallait pas se poser cette question
Tant elle ne peut, peut-être, pas avoir d'options
Autres que le choix délibéré de l'omission
Ignorant alors le futur dans sa distorsion

Tout conduit à cette gare définitive
Les rails du train finiront par être fugitives
Arrêtant la course folle inquisitive

Vouloir la réponse, c'est perdre son temps
Investissez plutôt sur ce qui est important
Enivrez-vous de tout, Soyez un Titan


La Lune et le Sabre - Chapitre 13

Chapitre 13

A l'approche du temple, Ejo rompt le silence :

- Dame Omae, nous allons directement dans le bureau des études, afin d'éviter un maximum les rencontres.
- Vous voulez dire, les mauvaises rencontres ?

Ejo ne rajoute rien. Ils entrent par le porche principal, passant devant le moine gardien qui ne bronche pas. Il regarde Omae avec insistance, mais comme Ejo est présent, il ne dit ni ne fait rien. Ils continuent dans le couloir en se dirigeant dans la salle des archives, pour rejoindre maître Dogen qui se trouve dans la salle de copie, attablé avec son encre de chine et ses papiers où il transcrit son premier livre, le Fukanzazengi, "les règles universelles pour la pratique du zazen". C'est ce que lui explique Ejo avant d'entrer dans la salle.

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