lundi 17 juillet 2017

Planète isolée : Chapitres 3 et 4

Chapitre 3

Comme tous les matins, avant de sortir de mon cockpit, je regarde autour de moi au travers de la verrière, à l'affut d'un quelconque danger. Rien...

Cela devrait me rassurer, mais non, je me dis que toute faune et flore a ses prédateurs. J'ai sans doute de la chance de ne pas les avoir rencontrés jusqu'ici. Alors je sors de mon cockpit, mon arme toujours à ma ceinture, au cas où.

Je récupère l'eau du matin, la passe au cuiseur. J'en bois une partie et je stocke le reste dans mes réservoirs, des bidons vides qui étaient présents dans mon reste d'astronef.

Je me dirige vers mes pièges dans la forêt à flanc de montagne. Le premier est vide. Je poursuis mon chemin. Le second est vide, mais cette fois, il a été détruit, et des traces de sang sont présentes. Un prédateur est donc passé par là et a profité de la proie qui y était enfermée.
Je reconstruis le piège, tout en regardant autour de moi. Ce prédateur ne doit pas être loin.



Une fois mon travail accompli, je passe au suivant. Et là, idem ! Même traces de sang, même saccage du piège. Je commence à m'inquiéter. Si je n'arrive pas à attraper des animaux, je ne pourrais pas me nourrir et donc survivre ! A nouveau, je répare le piège. Mon anxiété augmente. Je ne suis pas seul dans cette forêt. Comment pourrait-il en être autrement ? Mais quel est ce prédateur ?

Manifestement, il agit la nuit. C'est déjà un signe. Mais peut-être agit-il aussi en plein jour ? Je mets mes sens en alerte. Rien !

Le dernier piège, plus profond dans la forêt, lui est intact. Un rongeur a été attrapé et aucun dégât visible. Je paralyse le rongeur et je le place dans mon sac. Je me retourne et m'empresse de revenir à mon campement de fortune.

Pendant que je reviens sur mes pas, je ressens une présence qui m'observe. Mais je ne vois pas où elle se trouve. Je le ressens, c'est tout. J'accélère mais sans courir. Ne jamais courir devant un prédateur, cela lui donnerait sans doute l'impression que l'on est une proie. En tout cas, c'est comme ça sur ma planète natale.

A mi chemin, je ne ressens plus cette présence, mais sans relâcher mon attention, je ralentis mes pas, reprenant un rythme de respiration à peu près normal. Respirer ici est difficile. L'air est certes correct pour mon corps, mais je sens aussi que celui-ci se bat contre les éléments non souhaités. A moins que ce ne soit la pression ?
En effet, la pesanteur sur cette planète est plus faible que sur la mienne. Je me sens plus léger. La pression de l'air doit être elle aussi plus faible, conduisant à un effort supplémentaire pour respirer.

De retour au campement, je fais cuire le rongeur. Pendant la cuisson, j'observe la montagne et les alentours. Toujours cette plaine ! Lieu de tous les dangers ! Mais et cette forêt ? Cette montagne ?
Il faut bien pourtant que je survive !

Au loin, je vois des sortes d'oiseaux, pas comme les nôtres, qui volent au-dessus des montagnes et foncent parfois vers le sol. Ce sont des chasseurs, comme nos aigles !

La cuisson est terminée, et je profite de mon petit-déjeuner. Je sais déjà que j'aurais du mal à avoir un autre repas frais aujourd'hui. Je devrais puiser dans mes réserves de nourriture asséchées de mon vaisseau aujourd'hui.

Je pense à ma femme qui m'attend. Nous nous sommes quittés peu avant que je m'engage dans l'armée. Pas quittés au sens séparation, mais quittés car nous ne savions pas si je reviendrais un jour. La guerre n'assure pas le retour du soldat. Elle n'a pas pleuré, mais je sentais bien qu'elle se retenait pour ne pas me blesser. Nous nous sommes pris dans les bras l'un de l'autre, profondément, tendrement. Un simple baiser, des plus doux, des plus légers, et je suis parti rejoindre le point de rassemblement des nouvelles recrues.
Comment vit-elle ? Comment va-t-elle ? Et notre enfant qui était à naître ? Je n'ai aucune nouvelle depuis que je suis dans les zones profondes de combat, les communications étant interdites avec notre planète.

Je veux la revoir et voir notre enfant, notre fille ! Oui, une fille ! Mes camarades se foutaient de moi à ce sujet !

  • Une fille ! C'est un garçon qu'il fallait, pour en faire un soldat !

Moi, je laissais dire... Une fille ! Porteuse de la vie future, quand elle rencontrera un jour l'homme de sa vie... Si jamais un jour cette guerre prend fin ! Car presque tous les hommes sont sur le front, à part les vieillards.

Je ne dois pas me morfondre ! Ce n'est pas bon pour le moral ! Je dois tenir ! Alors je m'occupe de nettoyer et de fouiller le vaisseau, pour voir ce que je peux encore en récupérer, ne serait-ce que des batteries...

Chapitre 4

Ce matin, les premiers signes de l'évolution de mon enfant se font sentir. Je suis affaiblie. Oh, pas longtemps, mais suffisamment pour être en danger et donc le mettre en danger à son tour ! Cela fait partie du processus normal. La mère transmet ses ressources vitales et mentales à son enfant à naître.

Normalement, à la naissance, mes sœurs prennent l'enfant et termine le transfert des compléments mentaux pour que le bébé soit adapté à notre société, puisse développer ce moi profond qui nous guide et nous unit.
Mais là, je suis seule. Il faut que je commence à me préparer au pire. Devoir faire tout toute seule...

Mais je dois survivre avant toute chose. J'observe les limites de mon campement. Je vois les traces d'un ougla. Il a été repoussé, comme je m'y attendais, par mes réflecteurs. Au moins, je n'ai rien à craindre de cela.

Je vais cueillir les baies et fruits nécessaires à mon alimentation et celle de mon bébé. Je découvre une nouvelle baie : je la hume. Rien, pas d'alerte de mon cerveau profond. Je récolte donc plusieurs d'entre elles.
Jamais tout prendre ! C'est une leçon que l'on apprend très jeune : ne prends que ce qui t'est nécessaire. Sinon tu épuises la nature. Je ne suis pas la seule à dépendre de ces baies. D'autres animaux les consomment. Garder l'équilibre et ainsi la vie continue.

Une fois rentrée, je prends quelques fruits, en prenant soin d'enlever leur peau, que je ressens comme nocive. D'ailleurs, autour des arbres qui portaient ses fruits, on peut voir nettement que les animaux les dépècent, ne mangeant que l'intérieur et pas la coque. Toujours faire confiance aux instincts des animaux qui se sont forgés par le fil du temps, apprenant ce qui est bon ou mauvais.

Encore cette faiblesse qui me reprend... Se pourrait-il que mon enfant avance plus vite son processus de naissance ? Cela devrait être dans un mois ! Mais la planète, les fruits, l'air, peut-être quelque chose accélère le processus ? A moins que ce ne soit mon propre stress ?

Je décide donc de reprendre les enseignements de ma jeunesse : le rituel de connexion avec son moi profond de manière consciente. Je respire profondément, expirant le plus lentement possible. L'air est difficile ici. Mais je me concentre, oublie le lieu, je m'oublie moi-même et ma situation.

Doucement, lentement, je ressens les sensations bienfaitrices du rituel. Je ressens mon corps s'unifier, je redeviens un tout, indissociable et précieux. Je perçois la beauté de la vie, et celle qui est en moi à venir. Je lui apprend par la pensée à faire lui aussi ce chemin. C'est ce que doit faire une mère.
Je reste ainsi de longues heures, sans bouger, si ce n'est ma respiration.

Je suis libérée enfin de mon stress, et je sens mon enfant qui s'est calmé. Le processus reprend son court normal. Je peux donc continuer mes travaux quotidiens : vérifier si un appareil peut être réparé pour me permettre de communiquer avec mes sœurs, vérifier les réflecteurs, observer les alentours pour ne pas être surprise par la venue impromptue du pilote ennemi.

L'un des réflecteurs a été endommagé. Sacré ougla ! Je le répare et je continue ma journée ainsi. Je me nourris de ma cueillette du matin, puis je m'endors, en position du rituel. Ainsi mon esprit profond sera éveillé mais mon corps pourra se reposer, tout en étant aux aguets.

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