dimanche 16 juillet 2017

Planète isolée - Chapitres 1 et 2

Chapitre 1


Voilà trois jours que je suis sur cette planète, seul. Mon atterrissage forcé dans ces montagnes m'a préservé. Les plaines sont inhabitables, hostiles. La montagne est verdoyante et les baies et les gibiers sont à profusion.

Comment suis-je arrivé là ? J'étais dans mon astronef, poursuivant de mes armes le vaisseau ennemi. Suite à une manœuvre d'évitement dont ils ont le secret, nous nous sommes retrouvés face à face, les armes engagées et crachant tout notre désir de mort. Nos deux vaisseaux ont été atteints. Je ne sais pas pour lui, mais pour moi, j'ai dû me projeter vers ma seule chance, cette planète à proximité non colonisée.
Je ne maîtrisais plus mon appareil, les commandes étaient perturbées par les dommages subis. Tant bien que mal, j'ai réussi à m'enfoncer dans la forêt à flanc de montagne pour m'écraser. J'ai survécu par miracle, sans blessure grave. Mais tout le matériel était mort. Plus moyen d'envoyer un signal de détresse...



J'ai pu récupérer dans les restes de mon astronef de combat quelques vivres, la trousse de secours, quelques outils et une arme. Jamais je n'aurais cru que ces éléments pourraient un jour m'être utiles !

Avec les outils, je construis des pièges pour la faune ambiante. Je ne connais pas les fruits et les baies, donc je me méfie. Ils pourraient m'empoisonner.

Je fais face au versant descendant, voyant au loin la plaine. Celle-ci est à la fois aride et humide, alternance de sec et de détrempé. J'au voulu aller voir, mais j'ai vite compris l'hostilité des lieux.

De la terre sèche, comme du sable, dès que l'on touche le sol, surgissent des sortes de vers dont la bouche présente des dents qui ressemblent aux crocs de nos serpents.
Des zones humides, on voit l'eau grouiller de sortes d'anguilles non moins menaçantes. En jetant un caillou dedans, elles deviennent comme folles et se ruent sur le mouvement produit, tels des piranhas.

Et cette vallée s'étend à perte de vue. J'ai donc rebroussé chemin. Les arbres et les plantes à flanc de montagne sont biens moins dangereux. Il n'empêche que je me doute que, comme dans tous milieux, il doit y avoir des prédateurs. Pour le moment, je n'en ai croisé aucun et je reste aux aguets. La nuit, je m'enferme dans mon cockpit, quasi intact et hermétique, pour être à l'abris, enfin je l'espère.

Combien de temps vais-je rester là ? A priori, le commandement connait ma dernière position et les détails du combat engagé grâce à la télémétrie automatique. Je ne sais pas quand celle-ci a été abimée, mais j'espère qu'ils déduiront d'une part que j'ai pu en réchapper, et d'autre part assez vite ma position finale, cette planète.

Pour être repéré du ciel, je suis grimpé à la cime des arbres et j'ai étendu un tissu rouge qui sert à signaler notre position dans ce genre de circonstances, comme le prévoit les consignes de survies.

Maintenant, il me faut attendre et survivre.

Chaque jour, je relève mes pièges. Parfois, ce qui est attrapé ne me semble pas très comestible, des formes de limaces géantes. Je les laisse s'en aller. D'autres fois, ce sont plus des animaux proches de nos musaraignes ou de nos lapins. Avec mon kit de survie, j'ai un cuiseur, qui par chance n'est pas abimé. Je les cuits donc de manière intense. Cet appareil contient aussi une fonction de désinfection microbienne. Je suis donc à peu près rassuré et je mange presque sans appréhension. Jusqu'ici, je n'ai eu aucun problème.

Reste le problème de l'eau... Jusqu'ici j'utilise en me rationnant mes réserves d'eau contenues dans le vaisseau. Mais je vois bien que je vais arriver au bout de celles-ci à un moment ou un autre. Alors hier matin, j'ai mis en place des récupérateurs d'eau, des sortes de pièges à eau, qui retiennent la rosée du matin ou la pluie qui parfois tombe. Cette pluie est étrange. Le ciel est chargée d'azote et autres composants chimiques. Je passe l'eau ainsi obtenue dans mon cuiseur pour la désinfecter. Son goût est assez horrible mais elle est buvable.

Pour l'air, il est respirable, même si je sens que mon corps lutte pour contrôler l'afflux de ces composants chimiques. Mais je n'ai pas le choix. Je n'ai pas de filtre dans mon kit. Et puis, ces filtres ne dureraient pas longtemps. Je ressens que mes poumons luttent pour extirper l'oxygène et laisser de côté les autres composants. Mais pour le moment, je m'adapte. Je ne bouge jamais trop vite, même si je reste toujours aux aguets, au cas où je rencontrerais un prédateur.

Survivre ! Voilà mon objectif, afin d'atteindre les secours...

Chapitre 2

Je me souviens du combat spatial. Ce vaisseau qui me poursuivait ! J'ai effectué la tactique de contournement que l'on nous enseigne à l'école militaire et j'ai pu ainsi échapper à ses tirs. Mais il devait être un pilote chevronné car nous nous sommes retrouvés face à face, alors que je m'attendais à être placée derrière lui. Nous avons tous les deux tiré. Nos deux vaisseaux ont été atteints. J'ai vu le sien plonger vers la planète à proximité.

Mon vaisseau était lui aussi endommagé, que pouvais-je faire ? J'ai envoyé un signal de détresse, mais je ne sais pas si le message est bien parti. J'ai à mon tour plongé vers la planète, seule chance de survie. Je connais cette planète. Les montagnes sont les espaces les moins dangereux, même si elles contiennent des pièges et des animaux dangereux. Mais je les connais. J'étais astro-biologiste avant d'entrer dans cette guerre. Je connais ce milieu. Je pourrais y survivre. Je me suis donc posée comme j'ai pu à flanc de montagne.

Je dois survivre, pour mon enfant. Il n'est pas encore viable et je dois me préserver pour lui !

Je me suis installé un petit campement, avec les outils que contenait mon vaisseau. J'ai mis en place les protections contre les ouglas, ces prédateurs fourbes, vifs et dangereux. Ils se déplacent surtout la nuit, ou dans les profondeurs de la forêt, à l'abri de la lumière. Mes protections sont des réflecteurs de lumière, c'est la seule chose qui les repousse efficacement, sans engager le combat.

Je me nourris des baies et des fruits. Je les connais, et mon apprentissage d'initié me permet en humant de détecter la présence de poison par les mécanismes d'intuition de notre esprit second. Ces fruits et ces baies m'apportent l'eau dont j'ai besoin, et assurent que mon enfant continue son déploiement. Je dois avoir encore au moins un mois avant qu'il ne naisse. J'espère que je serais récupérée avant cela. Sinon, il faudra que je fasse tout toute seule. Tant de choses à faire pour la naissance, pour lui permettre de s'éveiller à notre esprit second... Dès la naissance, il faut commencer, sinon il restera infirme.

Je me déplace peu, juste ce qu'il faut pour chercher ma nourriture, toujours avec un réflecteur avec moi, pour me protéger. Si je devais me retrouver face à un ougla, mon âge ne me permettrait pas de me défendre efficacement. Je suis lente. Bien sûr, à bord d'un astronef, cela n'est pas pareil. Les systèmes automatiques sont efficaces et sont liés directement à notre pensée, qui, elle, est toujours aussi rapide que lors de ma jeunesse. Je suis un bon pilote !

Je ne sais pas où est l'autre appareil ennemi. S'il s'est posé sur la plaine, il est mort. Sinon, il peut avoir survécu. Je dois donc me méfier, rester aux aguets, il pourrait surgir à tout moment. Je dois protéger mon enfant !

Mes sœurs, venaient me chercher, vite !

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