dimanche 16 juillet 2017

Ego-Journal 74

Ce matin, après m'être lancé hier dans la réécriture d'un recueil de nouvelles en vue d'une publication future, je me suis lancé dans l'écriture d'une nouvelle histoire. Science-fiction sur le contexte, mais le fond reste toujours l'homme (ou toute entité pensante) et son rapport à soi et aux autres... La SF n'est qu'un prétexte...

Mais j'ai aussi eu un moment de faiblesse. Un échange en apparence anodin avec quelqu'un que je respecte et que j'aime profondément (amitié) m'a conduit à lui répondre mon trouble dans lequel j'étais. Je n'aurais peut-être pas dû. En écrivant cela, même si mon intention était pure et sans chercher à blesser, j'ai peut-être involontairement déclencher une pression morale et émotionnelle sur cette personne, alors que telle n'était pas mon intention. J'aurais dû sans doute taire mon trouble et la laisser dans son cocon mental, sans projeter mes souffrances vers elle, la protéger de moi-même.



Mais je ne peux pas me défaire de ce trouble. J'avais une deuxième famille, profondément ancrée en moi, que j'aime et respecte profondément. Mais hélas, les événements ont fait que la distance s'est imposée, non de mon fait, mais j'y suis impuissant.
Parler ? Non, car cela contreviendrait à mes principes. Parler serait tenter de convaincre que la situation n'est pas celle qu'ils croient, et donc de potentiellement faire du mal à eux et à ma Roxane. Et ça, je m'y refuse ! Je préfère les laisser dans leurs interprétations négatives et tronquées que de tenter de leur faire voir l'autre côté du miroir.

Ce n'est pas de la faiblesse, ni de la lâcheté, bien au contraire. Il me faut une énergie folle pour ne pas essayer de rétablir une partie de la vérité. Mais le respect que je leur porte, à tous, m'impose de ne pas chercher à convaincre ou à éclairer.
Le temps décidera peut-être un jour de leur faire ouvrir les yeux, de se rappeler qui j'étais avant, ce que je faisais, ce que je disais, ce que j'ai fait pour eux, tous, et ainsi de se rendre compte que ce dont on m'accuse est en total discordance avec qui je suis. Le temps, peut-être...

Il est tout aussi possible que ce moment ne vienne jamais. Tant pis, je les aime et je leur pardonne, jour après jour, isolé, ayant perdu leur amour et leur considération, ainsi que les beaux souvenirs que nous avions ensemble.

Je ne peux me résoudre émotionnellement à cette situation, mais je me dois de respecter leur choix parce qu'ils sont humains, et que tout le monde a le droit de se tromper, même moi. Surtout moi...

Ni un saint, ni un démon, juste un être humain qui cherche à être meilleur chaque jour, à ne haïr personne, à pardonner et à évoluer dans un environnement profondément humain et respectueux des autres, fussent-ils contre moi.

La vie n'est pas un ballade joyeuse sur un sentier tracé dont on connait l'aboutissement. la vie, c'est avancer chaque jour, un pied devant l'autre, et tracer son propre chemin, dans le respect de son âme, de sa conscience et des êtres qui vous entourent, même de loin. Ce chemin est parfois de sable, aspirant les larmes coulant à flot le long de mes joues. Ce chemin est parfois rocaille, où mes pieds souffrent et se blessent. Ce chemin est parfois pentu et demande des efforts mentaux et moraux. Ce chemin est parfois une prairie verte, douce et odorante, rappelant le bonheur passé, des instants magiques, qui font que ses souvenirs sont des fondations pour un demain en devenir.
La vie, c'est ici et maintenant, sans but ni profit. La vie, ce n'est pas marcher sur les autres pour grimper plus haut. C'est au contraire grimper par ses propres moyens, et si possible, aider les autres à franchir certains caps difficiles, par eux-mêmes. Ne jamais imposer mais suggérer, poser les questions mais ne pas donner de réponses.

Pour le moment, mes craintes sont factuelles, car il faudra bien que je les croise. Et je ne veux aucun conflit. Je déteste les conflits. J'aime la discussion, l'échange, y compris, et même surtout, quand on n'est pas d'accord avec moi, car j'apprends toujours et encore et je change ma vision du monde qui m'entoure. Mais je redoute ces regards, ces mots qui pourraient sortir et auxquels je ne veux répondre. Je ne veux pas ajouter à la haine. Je ne peux que répondre au mieux l'amour, au pire le silence, sous forme d'un respect qui sera incompris, à l'évidence.

Et ce monde que je ne comprends que très mal, comme étranger à cette époque, comme si j'étais bloqué à l'époque des Baudelaire et Verlaine ou Hugo, où l'esprit, la réflexion, les notions fondamentales de ce qu'est l'humain avaient une importance supérieure à toute considération économique, enfin pour certains.
Aujourd'hui le monde est régi par des chiffres, des courbes, et l'humain est noyé dans des statistiques qui n'ont aucun sens. On veut rendre mathématique des êtres fondamentalement non logiques et dont la puissance est largement supérieure à toute équation.

Ce trouble est permanent, dans toutes les situations de ma vie, personnelle et professionnelle. Même le milieu professionnel présente des aspects d'égo qui me dépassent, que je ne peux pas comprendre. On ne demande pas au conducteur d'un train d'avoir des sentiments mais de faire son travail et de bien le faire. Alors pourquoi faut-il que les autres placent leur égo au centre de leurs réactions face à mon travail... ? Je ne sais pas, je ne le saurais sans doute jamais.
Bien sûr, moi aussi, j'ai un égo, mais je me construis pour que celui-ci ne soit pas la cause de mes agissements. Je le reconnais, mais je ne lui accorde pas le droit d'interférer dans ma vie, sauf si celui-ci me pousse à agir de manière convenable et en adéquation avec mes principes moraux.

Comme pour la cérémonie du thé, j'agis en étant ici et maintenant, sans chercher à blesser. Jamais je ne critique une personne, mais son travail ou ses paroles. Pourquoi les gens ne font pas la différence ? Dire à quelqu'un qu'il est incompétente sur tel domaine ne veut pas dire qu'il est incompétent, mais que sur ce domaine, il l'est et qu'il ferait mieux de s'asseoir sur le savoir de celui qui y est compétent. Moi-même, je ne suis pas compétent en tout, loin s'en faut !! Et c'est ce qui fait mon plaisir quotidien, voir des gens qui savent ou savent faire des choses que je ne saurais pas faire ! Cela m'émerveille car je vois la valeur de chaque personne ainsi.
Mon principe est pourtant simple, il est celui de l'humanité depuis ses fondations : l'homme est un animal qui se spécialise et qui, parce qu'il vit en communauté, chaque spécialité vient compléter les autres, produisant une communauté vivante et riche humainement. Aucun autre animal ne fait ceci sur Terre. C'est la particularité humaine : la vie en communauté doublée de la spécialisation de ses membres, chacun apportant ce qu'il a de meilleur aux autres.

Ainsi l'artiste, l'artisan, le policier, le médecin... chacun a son rôle et son apport. Sans lui, il manquerait quelque chose et l'équilibre serait rompu.

Imprimer la page