dimanche 21 janvier 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 8

Chapitre 8

La séance de méditation qui suit son entretien avec le maître est une torture pour Omae. Elle n'arrive pas à se défaire de ses démons qui la pourchassent jusque dans ses rêves. D'habitude, elle arrive à maîtriser un tant soit peu le fil de ses pensées, mais cette fois, tous ces efforts sont mis à bas. Elle est certes en apparence calme, comme à son habitude, mais à l'intérieur, une véritable révolte gronde dans son âme et son cœur.

"Comment pourrais-je enseigner l'art guerrier à cet enfant ? Est-ce une bonne chose ? Il va connaître le goût du sang et cela le pervertira jusqu'à la fin de sa vie. Ce n'est pas une voie sage pour un homme que de tuer d'autres hommes. Ce n'est pas une voie de compassion. Et moi, avec mes soixante-dix ans, que puis-je lui apprendre ? Parmi les moines, beaucoup sont des moines combattants. Pourquoi pas eux ? Je les ai connus, ces moines combattants, à l'époque. Ils étaient féroces au combat, mais justes et droits. Rien ne les détournaient de la voie du Bouddha. Tandis que moi, un simple enfant qui apparaît, une demande de lui enseigner, et me voici plonger dans les troubles marécages de mes souvenirs..."

Marécage des souvenirs conservés

Mais d'où viennent tous ces mots enchevêtrés
Qui forment une cohorte de phrases alambiquées

Mais d'où viennent toutes ces pensées feutrées
Qui marchent à pas de loup sur le parquet rayé

Les traces sont légions, telle une armée spartiate
Qui serait partie au combat boucliers contre omoplates

Voudriez-vous les trouver que vous ne verriez rien
Voudriez-vous les oublier qu'ils se répandent, acariens

Ils sont bien entreposés, prêts à germer au prochain printemps
Ou à servir de prochain repas aux rimes à contre-temps

Véritable coffre-fort d'une âme qui ne sait plus si elle vit
Il renferme les trésors de tous ses rêves inassouvis

Ne cherchez pas bien loin, pauvres mortels désabusés
Ce n'est pas une armoire blindée qui serait trop jalousée

Ce n'est pas non plus une croix sur un plan
Plantée à dix mètres d'un marronnier sans gland

Point n'est besoin de prendre la mer vorace et cruelle
Pour trouver une île mystérieuse et irréelle

Ni d'escalader les plus hautes montagnes anaérobiques
Seuls quelques moines y vivent, pratiquant la sémiotique

Non, rien de tout cela, pas même l'odeur de quelques catacombes
Tous ces germes sont entreposés minutieusement dans les combles

Ceux situés au pinacle de l'existence de tout individu
Mêlant ses raisonnements, sa faim et ses passions éperdues

Votre grenier à grains de vos moissons passées, rangées en fagots
Dont vous ne saurez vous défaire, votre moi, votre ego

Il ne vous survivra pas mais il pourrait bien précipiter la fin
Prenez garde à ne pas le suivre comme un mort de faim

Il serait dommage que, d'un habitacle aussi nourrissant
Vous vous y perdiez, pris dans votre marécage, pourrissant

Peinture de Vincent Van Gogh

samedi 20 janvier 2018

Ce lieu le plus ancien

Je voudrais ouvrir les fenêtres et faire entrer le Soleil
Mais seul le vent s'engouffre dans cet espace en veille
C'est à peine si je m'y reconnais, sombre et poussiéreux
Mais j'entraperçois toutes ces années accumulées en creux

Enfouies dans un coin, je redécouvre mes émotions passées
Celles qui ne me quittent plus et qui palpitent en mon sang glacé

Où que je tourne la tête, mes démons sont bien tapis
Ils se tiennent bien sages, attendant l'heure du répit
Lorsque je baisserais ma garde pour venir me gratter
Telle une plaie suppurante et venir encore me hanter

Enfouies dans un coin, je reconnais ces images du passé
Celles qui ne me quittent plus et qui impriment mon chemin déjà tracé

Au-dessus de la raison, au-dessus de mon corps, en mon âme
Ce lieu est le plus ancien où tout s'accumule, vingt et un grammes
Tout y a sa place, les vices, les remords, les rêves abandonnés
La voix se fait silence dans ce lieu où mon cuir est damné

Enfoui dans un coin, je voudrais oublier mais revient le passé
Celui qui ne me quitte jamais, qui, de sa chanson, vient me panser

Et j'y retrouve un vieux grimoire, un de ceux que j'ai remplis
De mes doigts juvéniles, de mes passions sans oubli
Le tracé est hésitant, les mots mal assurés, mais vivant
Bien plus que le reste de cette maison offerte aux vents

Enfoui tout en haut, peu de gens connaissent le chemin enchâssé
Qui mène à mes secrets bien enfermés, où règne ma fausse odyssée

Quand une main pénètre dans ce lieu, elle peut s'y blesser
Aussi je n'invite que peu de personnes à s'y divorcer
De leur monde parfait pour une mansarde sans attraits
J'y déambule, fantôme d'un temps révolu et futur, abstrait

Enfoui dans un coin, je suis heureux d'avoir cet endroit à moi
Celui qui je ne quitterais pas, où survivent tous mes émois


jeudi 18 janvier 2018

L'ivresse des temps passés

Les lettres s'arrondissent parfois le long de mes pages
Elles empruntent un chemin des plus étranges
Mes doigts ne se souviennent plus s'ils conduisent
Ou s'ils sont la cavalière d'une autre pensée

J'observe le vide autour, en espérant un mirage
Je ne vois que des images qui me dérangent
Mes poings se serrent et mes forces s'épuisent
Alors que je chevauche un cheval fou et glacé

L'hiver est bien là, mais il n'est pas autour de moi
La neige m'inonde tels mille rêves sans limite
Je voudrais attraper un flocon que je ne pourrais pas
Tout engourdi que je suis dans mon cerveau bien trop usé

Mes mots, dans cette eau pure et malicieuse, se noient
Ils savent pourtant nager, espérais-je, un peu timide
Pourtant les accrétions de mes souvenirs sont sans état
Le printemps refera surface dans ma nuit apaisée

L'ivresse des temps passés fait place à la gueule de bois
Ma coupe est pleine de désirs qui aimeraient renaître
Mais ma voix me répète sans cesse : il était une fois
Le conte, lentement, de s'évanouir et disparaître


La Lune et le Sabre - Chapitre 7

Chapitre 7

Une fois les moines partis, certains s'appuyant sur les épaules d'un autre, parfois en jetant un regard noir vers l'enfant mais ne se risquant pas à contredire le maître, Eji se rapproche de la nonne.

- Ainsi, vous vous appelez Ha Omae. Comment s'écrit votre nom ?
- Est-ce bien utile ?
- Il est toujours intéressant de connaître le sens du nom, ne pensez vous pas ?
- Je ne le pense pas. Un nom n'est qu'un diminutif qui réduit la personne à un mot qui ne peut jamais l'englober.
- Omae peut être réducteur, familier même. Il est alors peu flatteur. Mais je pense qu'il s'écrit autrement pour vous.
- Vous insistez beaucoup !
- Oui, j'insiste.

La Lune et le Sabre - Chapitre 6

Chapitre 6

Dès le lendemain matin, alors qu'elle est partie se ressourcer dans les bois autour du Kiyomizu-Dera, Koji et sa sœur Miki arrivent de bonne heure et avec entrain. Ils se présentent au temple, mais le moine de service les rudoient vivement.

- Vous croyez quoi ? Que l'on accueille n'importe qui ici ? Allez, fichez le camp !

Koji commence à serrer les poings, mais sa sœur intervient en se plaçant devant lui, entre son frère et le moine vociférant.

mercredi 17 janvier 2018

Alchimie de la Lune

Le vent râle dans mon labyrinthe éphémère
Les détours de mon ivresse sont sans cesse en redistribution
Et nul caillou semé ne pourrait révéler mon orientation
Et ce vacarme dans ma tête est délétère

La mer vient se fracasser sur mes yeux fermés
Elle ondule, charmante diablesse que l'on n'oublie
Je voudrais respirer mais de ses embruns je subis
Les claques sur mes joues, enfant aux poings serrés

La terre craquelle en ma conque abandonnée
Les vers rampent le long de mes doigts fatigués
Et l'ocre remplit mes poumons et vient m'asphyxier
Et les crevasses font mon chemin aliéné

Et ce feu fou dans le ciel me remplit d'une ombre
Ces charbons ardents deviennent poussières du passé
Peu importe où je me trouve, ses flammes sont glacées
Et je me délite à chaque nouveau jour, décombres

Seule la nuit, parfois, rappelle ma fidèle concubine aux mille amants
Rafraichissant ce bol dont le thé est si amer, futile
Parfois elle oublie, retournant dans ses quartiers, notre idylle
La Lune est capricieuse, sa blondeur et ses arrondis pas toujours chantants

            Les quatre éléments
        A travers notre alchimie
            Forment un présent


mardi 16 janvier 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 5

Chapitre 5

Bien que les températures restent raisonnables en hiver, avec parfois de la neige même, la plupart des jours et des nuits restent au-dessus de la gelée des petits lacs. Bien sûr, il n'en est pas de même sur les monts qui abrite le Kiyomizu-Dera, le temple bouddhiste où parfois elle part faire une retraite, plus éloignée de la ville. C'est d'ailleurs en général au plus fort de l'hiver, alors que ses activités liées au jardin décroissent, la terre se reposant, qu'elle fait souvent ce petit voyage d'une heure à peine, mais qui la sort totalement de la ville, au milieu de sa forêt, un peu en hauteur et proche d'un petit lac.

Elle aime se promener seule dans les chemins sinueux de cette petite montagne, ou s'assoir devant le lac, notamment le soir. Elle y admire la Lune se refléter dans ce lac de petite taille, de taille humaine. Il ressemble à une tasse de thé à l'échelle du temple, comme si celui-ci trempait ses lèvres dedans pour y boire et se relaxer lui-même. Les arbres la calment. Le son du vent dans les feuilles, car beaucoup des arbres gardent leurs feuilles durant l'hiver à cet endroit, la plonge dans des rêveries douces, qui lui font oublier son passé.

Ballet d'un autre temps

Elle virevolte, se mouvant en apesanteur, au grès des courants
Elle plonge et s'envole en galanterie du matin
Sous les rayons ardents d'un Soleil un peu taquin
Qui se meuvent en ondulation comme un doux chant

L'écume de l'océan la cache aux yeux indiscrets
Des humains inaptes à la sensualité de son bal
Sa chevelure reste ondoyante et musicale
Tandis que son regard pénètre l'air muet

Le soir venu, la Lune vient la caresser de sa lueur pâle
Ses courbes tournoient dans les profondeurs opalines
Et moi, je la vois au loin, quand elle est moins saline
A la surface des flots calmes, sa beauté n'a nulle égale

La sirène serait-elle consciente de mon regard ému
Pour danser de la sorte ce ballet d'un autre temps
Où les seuls contacts étaient ces doigts hésitants
Où l'amour se lisait dans les yeux avec retenue

Parfois je crois discerner un sourire à mon égard
Elle ne viendra jamais m'attirer dans les hauts fonds
Comme elle le fait pour les marins fanfarons
Qui viennent puiser sans retenu le thon et le bard

Au petit matin, je ne la vois plus, enfouie dans l'indistinct
Au sein des vagues refoulant les âmes impropres
Et sa noblesse se pare des bijoux que la mer exhorte
Me laissant seul sur le sable, son petit clandestin


lundi 15 janvier 2018

Correspondances : Epilogue

Le silence du papier griffonné
Parfois emporte les plus belles mélodies
Celle d'un temps sans fausse note

Les tâches d'encre dans l'air parfumé
À l'encens du santal subliment cet oubli
Celui d'un temps pour un ilote

Les mots sont des images délicieuses
Où les émotions se mêlent à la raison
Un moment inscrit au passé

La voix se tait, elle se fait précieuse
Ouvrant la porte d'un passage sans saison
Un moment d'une éternité

Sous le blanc manteau d'une âme isolée
Se réchauffent les mains des sombres naufragés
Quête d'un instant de répit

Le manteau d'illusion vient s'étaler
Sur le sol souillé des certitudes gelées
Quête d'un instant, thérapie

Quand la Lune se reflète dans sa rivière
Produisant mille éclats de souvenirs
Une seconde évaporée

Quand le Soleil inonde sa propre lisière
Ils soignent les racines des soupirs
Une seconde mordorée

Monologue dual brisant l'isolement
Des chemins de traverses sans retour
L'imminence de la suffocation aidant

Dialogue unilatéral d'un ancien dément
Ouvrant la voie ne souffrant un détour
L'imminence de la révélation plaidant

L'important n'est pas le point d'arrivée
Puisqu'il sera le même pour tout un chacun
L'instantané de l'interdépendance

Les questions poursuivront leurs destinées
Car aucunes ne sauraient connaître de fin
L'instantané d'une seule existence

La Lune et le Sabre - Chapitre 4

Chapitre 4

Durant les jours qui suivent, le maître ne lève pas sa forme de punition, c'est à dire servir les deux hommes, notamment en thé. Mais en fait, cela ne la dérange plus. Ils sont à chaque fois polis avec elle, même s'ils ne disent aucun mot. Elle fait de même car elle a appris à ne pas se mêler des affaires des autres. Dès qu'elle a finit sa tâche, elle retourne au champ. Nous sommes maintenant dans les mois d'hiver. Il lui faut retourner toute la terre, avec le reste des plantes mélangé dans celle-ci. Faisant ainsi, la putréfaction produira l'année prochaine, au printemps, un nouveau théâtre pour son travail, riche et fertile. Elle a mis de côté les graines nécessaires pour replanter la prochaine culture.

Le travail est harassant, car la terre devient vite dure avec le froid qui se répand, et ce malgré les pluies encore abondantes. Cela forme une sorte de boue argileuse, où son instrument à retourner la terre pourrait se coincer facilement. Mais avec elle, il n'en est rien. Comme par une magie dont elle seule aurait le secret, elle plante sa fourche dans ce ciment naturel et retourne une motte de terre, comme si ce n'était qu'un brin de paille. Et elle poursuit ainsi des jours et des jours.

vendredi 12 janvier 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 3

Chapitre 3

Les jours suivants, elle l'ignore, comme elle se l'est promis. Et lui en fait tout autant... Il ne va plus en cuisine. En tout cas, elle ne l'y croise plus. Et elle ne demande plus rien le concernant. Il ne vient plus dans son champ de soja. Qu'il vive sa jeune vie d'homme fier ! Elle, elle reprend sa tâche. Elle s'occupe de sa récolte en cuisine. Elle entame plusieurs préparations, l'une de fermentation pour obtenir le nattô, l'autre le miso qui parfumera les soupes.

Elle passe un long moment à presser le soja pour en extraire son lait. Cela demande une force importante. D'autres qu'elles demanderaient de l'aide, mais pas elle. Ses bras sont toujours vigoureux. Et la presse ne lui résiste pas. Elle agit avec détermination, chaque geste se passant de fioritures, dressée comme un pin séculier, droite vers le ciel. Parfois, des hommes passent, l'observent et continuent leur chemin. Ils savent bien, pour ceux qui la connaissent, qu'il n'est pas utile, ni même souhaitable de s'occuper de son travail. Ferait-elle peur à ces messieurs ?

jeudi 11 janvier 2018

Plume dans les nuages blancs

Quand l'oiseau se pose sur le gravier
Ses ailes se blessent à la réalité
Et s'il veut reprendre son envol
C'est avec peine que ses pattes quittent le sol

Mais quand il est plongé dans les cieux
Le monde entier aplati sous ses yeux
Il est épris de liberté, celle d'un Dieu
Les courants chauds le caressent, insoucieux

Quand le froid le saisit, l'immobilisant
Sur la branche de son châtaigner, complaisant
Il regarde encore ce parterre  aux exhalaisons
D'une steppe qui n'attend que la prochaine floraison

Le cycle des saisons n'influe pas sur sa position
L'oiseau est et demeure au présent, sans soumission
Et sa plume se pare d'encore plus de précisions
Dans les nuages blancs qui hébergent ses émotions


Correspondances : Lettre 17

Lettre 17

Toujours cette même question sans réponse ! A moins que la réponse ne soit cachée dans vos questions et dans vos affirmations contradictoires, du moins en apparence ? Je dois accepter les options nouvelles qui s'offrent à moi, soit ! Mais dire que vous existez comme un tout et en même temps que vous êtes le vide ? Comment interpréter cette affirmation dualiste ? Vous me poussez à prendre des risques, à me mettre en déséquilibre, tout en étant unifié ?

Je crois que je commence à me faire une opinion. Mais je sens que pour la valider, il me faudra oublier mon raisonnement, mon cartésianisme et simplement vivre, exister...

mercredi 10 janvier 2018

Correspondances : Lettre 16

Lettre 16

Vous savez qui je suis ? Mais comment pouvez-vous dire cela ? Je ne sais rien de vous ! Vous me suivrez partout, mais je ne vous vois même pas, je ne vous entends pas non plus. Sur quelle planète êtes-vous donc ? Je ne comprends décidément rien à ce que vous êtes... Et je vois pas comment je pourrais être accompagné !

Aussi loin que je me souvienne, j'ai été seul physiquement, moralement, amoureusement, sauf pendant une période, comme un interlude splendide et disparu. Mais j'ai aussi ressenti, contre mon gré parfois une présence qui tenait ma main, qui guidait mes pas et mes écrits.

Comme une voix, non pas intérieure, mais un guide, parfois doux, parfois violent ! Il m'obligeait parfois à affronter mes émotions, mes douleurs intenses, mes questions existentielles les plus profondes et les plus douloureuses. Ces moments étaient d'une souffrance extrême, mes écrits d'un abime affolant, entrainant ma raison dans une folie incontrôlée. Plusieurs fois, j'ai cru basculer dans la folie, me perdant moi-même, à tel point que j'ai voulu nier cette partie de moi-même, arrêtant brutalement d'accepter cette partie de moi-même, un robot sans sentiments assumés.

Cette voix ! Était-ce vous ? M'auriez-vous suivi de ma plus tendre enfance ? Enfin, tendre, mouvementé et hasardeuse, je dirais plutôt, à chercher mon chemin de vie, en aveugle sans canne blanche !

Si la vie

Si la vie est un tableau
Les couleurs sont duales
Blanc et noir pour rameau
Et l'espoir pour idéal

Si la vie est une musique
Les notes sont eurythmie
Un appel métaphysique
Une mélodie d'alchimie

Si la vie est une cariatide
Son marbre est plus chaud qu'un Soleil
Nu, ni splendide, ni morbide
Le sculpteur infini la réveille

Si la vie est de la littérature
Ses lettres s'enchainent en accord
Images de l'esprit sans rature
Émotions sublimées qu'un cœur arbore

La vie ne demande aucune fioriture
Flamme se suffisant par elle-même
Le beau, le sombre sont son ossature
Lune et Jour ne veulent que ces mots : Je t'aime



La Lune et le Sabre - Chapitre 2

Chapitre 2

Le soir arrivant, les coups de bois reprennent leur rythme d'abord lent puis s'accentuant tout en diminuant d'intensité. La nonne, comme à chaque fois, s'interrompt dans son travail aussitôt, saluant des mains jointes et debout le lieu même où elle se trouve. D'un pas fluide, elle rejoint le temple, toujours en enlevant ses geta, ses chaussures de bois toutes emplies de terre humide issue des plantations, avant de fouler de ses pieds purs le sol boisé. Elle empreinte le même couloir, tout comme les autres moines, la salle centrale du temple, au bois rude, en se prosternant une fois encore à l'entrée.

D'autres sont déjà là, dont l'homme de ce matin. Il est assis déjà sur son coussin, le dos droit, la tête tirée vers le ciel et une impression de force se dégage de lui. Mais ce n'est pas cette force qu'elle a connue dans le passé. Il s'agit ici plutôt d'une montagne d'où le fleuve s'écoule lentement, au rythme de sa respiration déjà ample et douce. Elle saisit un coussin et se place comme les autres en position du lotus. Mais elle constate que ce jeune homme, lui, fait face au mur, contrairement aux autres, et elle, qui font face au siège du maître qui est annoncé par les cloches fines. Ce n'est pas interdit mais c'est tout de même étrange.

mardi 9 janvier 2018

La Lune et le Sabre - Chapitre 1

Chapitre 1


A genoux, elle racle le sol pour enlever les mauvaises herbes qui entourent les plantations de soja. La lumière du Soleil est à peine présente et pourtant elle est d'une précision remarquable. Elle remue la terre qui entoure les pieds profonds de ces plantes recouvertes d'une sorte de toison de poils fins. Elle prend soin de remuer les feuilles pour faire tomber les insectes qui se seraient loger le long des feuilles. Son travail est minutieux. Son tablier gris foncé ne tranche pas avec la terre sur laquelle elle est penchée. Ses mains restent vigoureuses, bien que ses cheveux grisés laissent deviner son âge avancé. Ses gestes sont d'une précision radicale. Elle n'hésite pas un instant. Une force émane de son corps. Bien que les années soient passées, bien qu'elle soit inclinée vers le sol, son dos reste droit et le port de sa tête ferme.

lundi 8 janvier 2018

Correspondances : Lettre 15

Lettre 15

Flamme de l'enfer ou la chaleur du foyer qui réchauffe ma caverne ? Qu'êtes vous donc ? Éclair de réminiscence ou pâleur d'une mort qui ne dit son nom ? Je dois me décider, prendre cet espace-temps qui m'entoure et dont je fais partie intégrante, ou je dois écrire mes secondes comme autant d'éternités infinies et multiples, aux croisements insondables ? Vous ne m'aidez pas vraiment... Du moins, c'est ce que je ressens en surprenant vos pensées altérées. Peut-être suis-je en train de me tromper ? Ou vous êtes en train de me duper ? Je ne sais pas. Mais je continue, j'écris. Je mets mes mots sur ce papier qui n'en est plus un, un amas de bois et d'encre mélangés.

Ce jour

Il est des jours qui changent une vie
Il est des nuits qui peuvent engendrer la pluie
Il est des jours dont on se souvient
Il est des nuits qu'on aimerait oublier
Il est des jours où demain n'est rien
Il est des nuits où hier restera toujours
Il est des jours où c'est la fin de la vie
Il est des nuits où c'est le début d'une autre
Aujourd'hui est un nouveau jour
Une nouvelle nuit
Et je m'endormirai en plein jour
Les songes assoupis
Les rêves amoindris
Mais le sang vibrant dans mon coeur


L'histoire n'est pas finie

Le Soleil se lève
Je le regarde de côté
Et je vois les nuages se former
Comme dans un doux rêve

Rien ne saurait m'échapper
Mes doigts glissant sur le papier
La brume de s'évaporer
Tandis que je reste débraillé

Et je respire l'air pur

Mes mains dessinent des mots
Et virevoltent en sinueux tracés
Je ne sais quelle sera leur destinée
Peut-être toucherai-je un jour le beau

Rien ne saurait m'en détacher
Je suis emporté
Au sein de cet alizé
Qui me noie sans m'asphyxier

Et je rêve littérature

Je regarde l'eau couler
Giclant sur les rochers comme des tambours
Éclaboussant l'air aux alentours
De leurs cohortes de larmes asséchées

Je n'ai plus assez de ce parfum
Maintenant je me repose
Demain, non, pas demain
Maintenant j'ose

Je quitte ma sépulture

Et si, si en levant le regard vers le ciel
Si enfin je goûtais le miel
Peut-être verrais-je un nouveau levé
Peut-être verrais-je la Lune se refléter
Et ses rayons ardents
Plus chaud que le Soleil
Me calmer tendrement

Je souris un peu par malice
Mais je ne pleure plus
Je m'évade dans le vide
Et je n'existe plus

Non, j'existe encore
J'inspire et j'expire cet air du matin
Cet air frais, cet air moins chagrin
Je ressens tout mon corps

Et j’aperçois un futur

Plus tard je me lèverai
Plus tard je regarderai
Les arbres allongés
Et leurs feuilles s'envoler

Et moi je reste là, inanimé
Observant, écoutant, soulagé

Je reprends ma plume et l'écriture

Enfin je poursuis mon chemin délicat
Je ne sais où il me mènera

L'histoire n'est pas finie
Elle ne fait que commencer
Je l'écris pages après pages
Je la transcris comme une image
Qui viendrait se fixer
Dans ce grand infini

Et je suis calme, reposé
Et je suis enfin libéré

Si la rosée parvient à m'éduquer
Un soir je pourrais à nouveau aimer

Une nouvelle histoire sans rature
Sans plus aucune imposture


Musique : Johann Sebastian Bach - Air on the G - Suite N°3
Musique interprétée : Kammerorchester Berlin & Helmut Koch
Texte et Voix : 251



Le convoi reprendra son chemin

L'espoir est peut-être dissout, je me baigne dans sa fumée
La lumière est peut-être éteinte, je me réjouis dans son pré

Dans les plus sombres recoins, j'entraperçois mes anges
Et de cette vie dissolvée, plus rien ne me dérange

La nuit est ma compagne, qui jamais ne me quittera
Je ne serais donc plus seul, la plume au bout de mon bras

Volutes et mirages forment une danse éternelle
Dans laquelle, étourdi et conscient, je me mêle

Aujourd'hui est un jour différent d'hier
Aujourd'hui n'est pas demain, si fier

Je prends le temps de regarder ma voie ferrée
Mon train pour un instant rêvé à l'arrêt

Le convoi reprendra son chemin, sans bifurcation
Tant que mes mots alimenteront mon moteur à explosion



Ce visage

Ce visage se plante dans ma mémoire
Tel un drapeau d'une bataille perdue
Il m'enveloppe de son manteau moire

L'air expire autour de moi, poison délicieux
Je m'enivre de son goût incolore
Les remparts de ma forteresse sans un effort
Se déversent dans le fleuve de vie précieux

Ce regard qui ne pose plus son ombre sur moi
S'étend au-delà des montagnes déchues
La capeline coiffe mon cœur de lents émois

L'hiver est chaud dans mon ventre entrouvert
Le fermeture éclair refuse de remonter
Pour cacher mes os mis à nus sous le fer
De la larme plastifiée d'une vie passée


Mon solstice d'hiver

Un jour comme à nul autre différent
Un après-midi où le froid envahit mon blouson
Les poings serrés dans les poches, cherchant le fond
Un vent tapis sur le sol aux couleurs de terres brunes
Les branches des végétaux sont dénudés, mises à nues
Le vaisseau de mon sang se fige, absence

Une soirée comme un tableau en noir et gris
Où le bleu est présent en ombre d'Asie
Où l'eau ruisselle dans un silence transit
Le bruit de mes pas est un violent désert
Sous lesquels le sable des années se perd
La Lune me tient toute seule compagnie

Une nuit à garder les paupières dépecées
Fixant le plafond de mes abysses humides
Les secondes sont plus longues, livides
Que les années qui ne reviendront plus
Et ma gorge se tait d'un son suraiguë
Au matin le poids des mots est dépassé

Un jour dans l'année à nul autre dissemblable
Une phrase si courte pour décrire l'ineffable

Une soirée et sa complice la nuit s'étendent
A mes pieds, douleur dont je ne veux me défendre

Et pourtant, la révolution de ma planète désorbitée
S'accomplira encore et le Soleil brillera décalé
Ouvrant de mes souvenirs les guillemets
Pour que jamais cette page ne soit refermée
Mais que mes yeux contemplent l'aurore née
Un nouveau voyage, des rencontres, de nouvelles contrées

Ce jour est mon solstice d'hiver annonçant le printemps
D'un automne sans été, et je vais de l'avant


vendredi 5 janvier 2018

Tant de couleurs

Tant de sentiments
Tant de couleurs
Tes yeux d'un bleu profond
Abyssaux

Où était le masque ?
Où est la vérité ?

Pourquoi tu te cachais
Derrière les voiles blancs
De ton espace digne

Je pensais te voir
Mais ne voyais qu'une ombre

Où était la lumière ?
Où était le temps
Qui s'écoulait
Le long de mes doigts ?

Sable fin qui n'en finit pas
De me recouvrir
De sa sècheresse

Et pourtant
Quand la lumière est là
Toutes les nuances apparaissent
Le long des remparts de ta forteresse

Et je me plonge dans tes yeux bleus
Éperdument endormi
Dans les bras de Morphée
A moins que ce ne soit Neptune

L'écume blanche qui recouvrait ta peau
Balaye mon visage et mes oripeaux

Quelle douceur cachais-tu ?
Quelle douleur montrais-tu ?
Quelle couleur avais-tu ?


Tends moi la main

Le soir, je voudrais parfois prendre ta main
Je voudrais que tu m'enlèves au delà du ciel
Vivre ma vie et rêver
Dans l'espoir d'une autre nuit

Je voudrais chevaucher au fil des nuages
Sous la pluie des émotions sans partage
Mais tu n'es pas là
Mais tu n'es pas loin

Tends moi la main
Emporte moi
Fais moi rêver
Fais moi vivre

Page après page
Lettre après lettre
Note après note
Que mes mélodies s'affrontent
Que les mélodies m'apaisent

Quand la Lune se réveillera
Elle inondera comme mille joyaux
Et peut-être, mon matin sera beau

Le vent souffle dans ma tête
Les pensées sont évacuées vers le ciel
Elles empruntent cette couleur miel
Que le Soleil donne à l'aube

Je voudrais voguer
Je voudrais voyager
Non plus soupirer, mais inspirer
Non plus râler, mais m'exprimer

L'horizon est si loin
Et pourtant je le touche du doigt
L'aliénation ne sera point

Mes pieds sur terre
La tête dans les étoiles
Poussières sidérales
Je rêve puis je m'endors



Correspondances : Lettre 14

Lettre 14

Vous serez toujours là ? Mais moi, si je ne voulais pas ? Vous m'invitez à vous écouter, à vous lire, mais que me dites-vous ? Mon futur n'est pas inscrit, mais il ne sera pas facile... Comment pouvez-vous affirmer une chose et son contraire ? Je suis un bébé et un vieillard en même temps, ni mâle ni féminin, mais que suis-je donc ? Et vous, qui refusez de me dire ce que vous êtes, en indiquant que je le sais déjà...

Peu importe, ma vie continue donc dans ce chemin vide et pour le moment encore sans but défini. Mais je ne veux pas perdre espoir. Le plus important c'est de faire un pas après l'autre. Je verrais bien où cette route me conduira. Je commettrais encore des erreurs, innocemment, mais ravageuses à chaque fois. Mais je trace ma voie. C'est pour moi la seule solution : avancer et avancer encore ! Bouger et ne pas rester immobile !

Plus facile à faire qu'à dire, mais j'essaye, et c'est le plus important. Ne pas me laisser continuer à creuser ce puits sans fond de tristesses et de solitude, mais commencer à construire une échelle que je gravit une à une.

L'hiver est passé, le printemps commence et ses espoirs de refleuraison. Non pas d'un amour, car je sais que là est une impasse pour moi. Non pas de savoir communiquer aisément avec les autres, sans interprétation erronée, je ne suis pas dans leur cerveau usant de leurs sentiments avant leur logique. Je ne sais pas anticiper les réactions émotionnelles des autres, et donc j'essaye d'exprimer une logique, fusse-t-elle pour exprimer mes propres émotions, mais la perception des autres est la leur, et je n'y peux rien. Je ne peux contrôler le cheminement de la pensée étrangère.

Il fut un temps où je pensais qu'une personne en ce monde en était capable. Hélas, ce temps est révolu et mes mots ne trouvent plus d'écho compréhensifs et compris. Une fois écrits, mes mots semblent être plus clairs, sans doute la lecture emportant une part importante dans l'écoute sur l'émotionnel, et ainsi permettant de passer un message plus clair. Mais je ne suis pas dupe, même là, je reste souvent incompris, laissant place souvent à des procès d'intentions sans fondement, des jugements hâtifs. Mais comment puis-je l'empêcher ? Je ne peux pas. Même une œuvre, quelle qu'en soit la forme, une fois réalisée par l'artiste, ne lui appartient plus mais elle devient la propriété de ses observateurs. Les jugements certes sont difficiles, mais je ne peux pas et ne veux pas les empêcher. Ils sont la propriété de cet autre, cet humain qui me découvre. De plus, ne prétendant pas être un artiste, ni médiocre ni bon, je ne peux pas espérer plus que ce que j'ai : pouvoir m'exprimer librement !

Si je vis, il me faut exister. Je ne peux pas faire l'affront à ce don qui m'a été donné : vivre ! Je me dois de me battre, comme toute vie dans cette immensité, pour survivre et me prolonger. J'ai cet espoir fou que ma petite pierre, si laide soit-elle, si difficile d'accès soit-elle, puisse faire avancer l'humanité vers des idéaux plus nobles tout en respectant les contraintes de l'existence, espoir d'une philosophie de vie, tourner vers l'impossible transcendance, mais qui donne un sens à ce monde vitrifié.

Je préfère être un exemple, sans pour autant me croire supérieur, loin s'en faut, mais montrer qu'il est possible de faire autrement, d'être autrement. Je vois tant de gens rester en arrière, par peur, par crainte d'emprunter une voie discordante, fusse-t-elle juste et belle, que je veux leur montrer que même si celle-ci est semée d'embuches, elle a bien plus de valeur que cette monotonie que l'on nous impose, où l'on préfère que nous soyons des robots plutôt que des êtres sensibles et raisonnables à la fois. Je ne suis pas un modèle, mais je peux ouvrir les yeux d'autres, et pourquoi pas, parmi eux, que l'une d'entre ces âmes se révèle un de ces génies que l'on trouve une fois par siècle, et qui change la face du monde, faisant gravir l'humanité toute entière vers une nouvelle marche de son évolution.

Idéal, rêve impossible, folie d'un cerveau tourmenté, pour ne pas dire malade ? Peut-être... Et alors, si c'est le cas, je ne fais de mal à personne. Mais si une parcelle est une vérité, une possibilité même infime d'un avenir meilleur pour toutes et tous, alors je me dois d'essayer.

Je sais que je n'arriverais jamais à atteindre mon but, tout comme n'importe lequel de nos idéaux issus de nos plus vieilles philosophies de vie, pas celles tourmentant les esprits dans des raisonnements absurdes ne conduisant nulle part. Je sais que je suis imparfait, j'en suis plus que conscient, mon auto-critique étant sur développée, mais je sens au fond de moi que c'est ma seule chance de donner un sens à ce donc qui m'a été fait : ma vie.

Mes moyens sont faibles et limités : donner l'exemple dans mes relations intra-espèce, et écrire ce que je peux, fut-il inégal et peu accessible voire incompréhensible. Mais je me dois d'essayer, sinon je me renierais moi-même et ma vie n'aurait alors plus de sens, plus d'avenir. Et ça, je m'y refuse !

J'alterne entre mes deux mondes : espoir et désespoir. Ma raison me pousse, fidèle, à me tourner inlassablement vers le premier, mon cœur vers le second. Quant à mon âme, elle tente d'unifier ses deux asymétriques et pourtant unis en moi, comme un flot persistant et cohérent.

Je ne suis pas amoureux de la douleur, mais je ne suis pas non plus un béat de la vie, sans me poser de questions existentielles. Je ne suis pas égoïste, je pense aux autres et je fais du mieux que je peux pour les aider dans leur propre existence, me poussant à l'espoir. Mais que peut une barque qui prend l'eau pour sauver de la noyade des personnes en difficultés ? Elle doit d'abord écoper ses souffrances pour permettre aux autres, proches et amis véritables, de bénéficier de mon réel support, de mon amour inconditionnel.

Si la vie doit se résumer à "gagner de l'argent" pour assumer sa vie sociale, quelle qu'elle soit, alors la vie ne vaut pas plus chère qu'un bout de papier ou qu'une carte à puce. Je pense que nous valons tous mieux que cela.

Je ne suis pas non plus un idéaliste, ma rationalité m'empêchant de sombrer dans les délires ésotériques, mon pragmatisme m'encourageant à réagir pour le mieux, pour le nécessaire et l'utile. Mais je ne peux pour autant le faire si mes bases ne sont que sables émouvants, sur lesquels je ne peux construire ma propre bâtisse. Des fondations solides sont un pré-requis pour pouvoir être et vivre parmi les siens.

Malheureusement,cette base s'est effondrée, engloutie dans le torrent de mes larmes et de mes cris de souffrance, abandonné et isolé. Je tente petit à petit de reconstruire mon habitat, hébergeant mon triptyque : cœur, raison et âme. Sur ce socle stabilisé, je serais alors à nouveau en capacité d'être non seulement moi-même, mais surtout efficace et utile aux autres. L'amour des proches est un des ciments de mes fondations. Hélas, le composant le plus important s'est évaporé, laissant des failles abyssales sous mes pieds.

Le temps, oui, le temps saura être mon allié. Si jamais j'en ai la permission, la vie me permettra peut-être de renouveler mon futur. Quand je dis "permission", je ne pense aucunement à une entité supérieure, même si je ne veux offusquer personne dans leur croyance. Êtes-vous de cette espèce ? Ou êtes-vous comme je le pense, cette lumière qui est la nôtre, qui est en chacun de nous et qu'il nous appartient de suivre ou de renier. L'avenir est incertain, les accidents de la vie sont imprévisibles, j'en sais quelque chose, mais l'espérance, non pas diffuse mais construite et raisonnée, est une force implacable, que rien ni personne ne peut m'en faire dévier.

Le temps, oui, le temps peut être mon allié.

Certes, certains de mes rêves abritent des démons, mais d'autres aussi des anges. Mes rêves sont l'expression de mon inconscient, ou d'une certaine façon de mon âme, tentant de réconcilier mon cœur et ma raison. Mes écrits s'inspirent de cette dualité qui ne forme qu'une unité une fois mes mains sur le clavier.

Le Spleen et l'Idéal : oui, c'est une bonne définition. J'accepte qui je suis, ce que je suis. Les conseils que je reçois de vous m'encourage et j'apprécie énormément ce soutien, vos conseils. Ils me poussent à avancer et à ne plus tourner autour de moi, certains diraient à tourner en rond. Mais je ne pense pas que je tourne en rond car je m'observe et me soigne par la même occasion. Ce n'est pas un voyage tranquille ni inutile.

Ainsi ma vie est un mélange de la réalité et de mes rêves. Mes rêves portent mes espoirs et mes désespoirs, mais ils sont un puissant moteur à mon existence. Je ne les subis pas, je les prends dans mes bras, même douloureux, mais aussi parfois chaleureux, et je les embrasse pour être.

Vivre et rêver, c'est être !

Et comme d'habitude, je m'aperçois en me relisant en diagonal que cette lettre a pris un tour que je n'imaginais pas. Un peu pompeux, un peu trop philosophique peut-être. Ce jour est un éveil, voire même un réveil. Je ne sais ce que sera demain, mais je sais que le chemin ne sera pas de tout repos. Je souhaite que chacun et chacune puisse trouver en lui, en elle, cette force de vie : l'espoir.

Et vous, ma flamme ? Ou La Flamme ? Je ne sais... Pouvez-vous m'éclairer ?

Lettre 14 bis

O mon indécis, O mon auditeur, O mon songeur, O mon marcheur,

Les personnes autour de toi sont celles qui existent et à qui tu donnes ton respect et toute ton affection pour les aider à trouver leur propre voie, voire mieux leur propre voix. Les aider à illuminer leur chemin qu'ils auront décidé, les rendre fiers d'eux-mêmes. Tu veux qu'ils se réalisent et par là même, effet papillon, effet d'entrainement, par l'exemplarité, faire évoluer cette communauté abandonnée à des passions vils et sans avenirs, où l'argent et l'individualisme effréné sont les nouveaux dieux d'une histoire qui ne peut conduire qu'à la destruction de ce qui fait de vous des "humains".

Tu vis comme tu peux, tu cherches à exister pour avoir une profondeur d'âme qui te permette d'assumer ton rôle dans ce monde aux axes inhumains. Tu sais pourtant que tu ne peux atteindre cette perfection, mais ne pas essayer serait renoncer à être, donc à vivre.

Cette espérance, tu la construis petit à petit, tu l'écris, tu la prépares, tu l'anticipes, tu te fixes des objectifs, certains lointains voire inaccessibles, des idéaux, d'autres à courts et moyens termes. Chaque jour voir un progrès te permet de voir ton avancée, même si de l'extérieur cela semble chaotique. tu es toi-même déconstruit, dévasté, au milieu de ta tempête d'un crane qui ne veut se soumettre à la folie.

Au travers de tes écrits, c'est une voix différente qui s'exprime, celle qui doute, celle qui se cherche et qui parfois est face à ses démons. Tu ne pourras peut-être pas tuer tous ces démons, mais tu peux au moins les affronter et les apprivoiser.

Si tu sombres à nouveau, si 9 fois tu tombe, 10 fois tu te relèveras. L'écriture est ton monde, l'endroit où, pour un instant, tu es toi. Ceux qui lisent ces lignes peuvent parfois ne pas apprécier, ne pas aimer, ou au contraire trouver cela intéressant. Tu écris bien sûr d'abord pour toi, c'est ton pèlerinage intérieur. Mais une fois livré, l'auteur s'efface et laisse place aux lecteurs qui deviennent les maîtres du contenu. Même toi, une fois écrit, si tu te prends à te relire, tu découvres quelqu'un que tu n'es déjà plus.

Chaque poésie est un instantanée, une photo de tes sentiments. Tu n'es pas statique mais toujours en mouvement. C'est d'ailleurs je crois une de tes qualités, ne pas rester immobile, ne pas succomber à la paresse, et, même si c'est difficile, affronter tes souffrances pour mieux être.

Tu l'exprime parfois en disant que souffrir c'est vivre. C'est un raccourci qui peut être très mal compris. Souffrir, c'est se battre, ne pas lâcher prise, se relever. Et lorsque la tête est à nouveau droite, elle peut regarder vers un avenir encore inconnu.

Suis-je un feu, ton feu ou le feu ? Suis-je la définition de l'espoir ou celle qui l'observe pour lui donner un sens ? Suis-je la lumière dans les ténèbres ou les ombres dans le ciel pourpre ?

C'est à toi de le décider, d'avancer et de faire tes choix. Le temps sera le tien et tu seras dans ton temps.

mardi 2 janvier 2018

Le temps

Le jour se lève doucement sur cette immense plaine
Les rayons du Soleil chatouillent les cimes des arbres
La nature se revêt de son manteau du matin
J'ai un peu froid accroupi devant ce brumeux spectacle

La rosée s'écoule le long des fleurs en vénitiennes
Cachées derrière la flamme de ce grand candélabre
Et l'eau si pure forme un manteau comme du satin
Je marche les pieds nus et libres sans aucun obstacle

Et si le temps n'était qu'illusion

Et l'astre de vie réchauffe partout tous les recoins
Il brille de mille feux, en éblouissant mes yeux
Les fleurs s'ouvrent complètement, leurs parfums libérés
Je survole ce sol, épris de leurs exhalaisons

La vie est emportée par le vent frais, discret témoin
De la renaissance après le noir aux sons impérieux
De tous les bosquets ressortent les forces éthérées
Je suis bercé dans l'azur au dessus des frondaisons

Et si le temps était profusion

Je vois le voile et les rubans d'une divinité
Elle m'observe avec son doux regard voluptueux
Elle m'envoie un pâle baiser qui frôle mes lèvres
Elle m'enchante de son inflexion mélancolique

L'alizé virevolte éveillant ma fragilité
Vague de nuages fardant mon tableau somptueux
Ma vision est délavée, le zéphyr nourrit ma fièvre
Il me restera toujours son souvenir idyllique

Et si le temps était effusion

L'étoile du matin se fait soir dans des couleurs chaudes
Elle rougeoie, enflamme mon corps d'un nouvel espoir
Demain peut-être, ce demain sera un nouveau jour
Assis, j'admire un tableau de Turner au naturel

Tandis qu'il se couche auprès des montagnes émeraudes
La Lune reprend d'un blanc merveilleux sa trajectoire
La nuit n'est pas froide, elle est tourbillons que je savoure
Le paysage prend sa dimension, intemporel

Et si le temps était élision

Dressé sur mes jambes, tel Van Gogh, scrutant les étoiles
L'orange est partout, poussières d'astres, nous irradions
La vie se bat et je me redresse, la tête droite
Un ange s'approche, tel l'étalon des anciens mythe

Et je m'accroche à ses crins vaporeux, je peins ma toile
Mes pinceaux se répandent sur mon âme, amphitryon
Elle donne tout, vive et sans s'arrêter, écarlate
Je respire pleinement l'air frais, tout à mon Zénith

Et mon temps sera mon éclosion
Et le temps sera ma création


Auteur et voix : 251
Musique : La sarabande de la suite n° 4 en ré mineur de Georg Friedrich Haendel
Interprétation Musique : Barry Lyndon - The City of Prague Philharmonic Orchestra, Nic Raine

mercredi 27 décembre 2017

La vague vient se jeter sur la plage illuminée

La vague vient se jeter sur la plage illuminée
Elle se répand comme caresse sur ma bien-aimée

La nuit, le jour, tout se mélange et le Soleil et la Lune brillent
L'espoir prend ses racines dans mon ventre à l'abandon
Tout comme la vie naît, attachée par un cordon
Je vois des lumières et des nuages qui me déshabillent

Le vent s'empare de mes pensées, m'emporte vers les cieux
La folie s'efface et laisse place à ce lac silencieux

La marée délivre mes émotions de leur prison
Cette cage de fer et de sang où je perds ma raison

Lentement le rythme des flots se calme et la surface est miroir
Doucement le reflet de mon âme se multiplie au fil de l'espoir

Pourquoi vivre si ce n'est pour aimer
Pourquoi respirer si ce n'est pour s'exprimer

L'ego se tend comme une ancre qui voudrait m'attacher
Empêchant ma barque de prendre son voyage céleste
Mes voiles se gonflent et l'aquilin me pousse hors du funeste
Les courants me détachent et voient mes larmes s'épancher

Et l'azur s'éclaire de mille joies, de mille puretés
L'horizon est un avenir que je construis avec volupté

L'hiver disparaît, le printemps renaît, l'histoire reprend son cours
Le temps n'est qu'une illusion, seul maintenant est mon parcours

Voler, voguer, rêver, aimer
Rire, prier, sourire, briller

La vague vient se jeter sur la plage illuminée

Mes souvenirs se font des plus légers, alchimie du bonheur
Je ne confonds plus la souffrance et l'ignorance
Je prends le temps de pardonner les offenses
La musique à mes tempes résonne comme mille tambours
Elle bat la mesure d'une symphonie d'amour
Mes maux se font mélodies sans fin et sans douleur

Les ressacs voudraient me plonger dans les abîmes
Mais je tiens mon gouvernail au cœur de cette pantomime
Je lutte contre mes propres tourbillons d'humanité perdue
Et je me tiens à mon bastingage pour ne pas être abattu

Les rochers affleurent sur l'étendue de ma vie
Je manque à chaque seconde d'être asservi
Mais je tiens ma plume et j'inscris ma poésie

Alors mes mots virevoltent et s'affolent dans le ciel
Alors mes phrases forment de gigantesques arc-en-ciels
Alors mes sonnets se fondent dans l'existentiel
Alors mon parchemin ne conserve que l'essentiel

Les lettres se font déliés doucement
Le papier absorbe mon isolement

Et je crie ma joie de vivre
Et je chante pour que le pur m'enivre

Je me redresse sur mes pieds
Et je regarde les étoiles briller

L'espace infini s'étend devant moi
Mon sang est mon âme qui flamboie
Je la tiens entre mes mains
Uni, masculin et féminin

Demain je serais à nouveau humain


(Sur L'été des 4 saisons de Vivaldi 
interprété par 
Classical Concert Chamber Orchestra & Ashot Tigranyan)

samedi 23 décembre 2017

Mes mots

Mes mots
Coulent sur le papier
Comme un torrent terrifié

Mes mots
S'évadent en vain
J'peux pas le nier

J'voudrais tant exister
J'ai plus le temps
Je me tairais

Mon cœur est prisonnier, la dictée
De mon geôlier, Sans un regret

Mes maux
Si j'les criais, hein
Sans brailler

Mes maux
L'amour, les peines
Ce sont mes équipiers

Et parfois, je ploie
Sous les coups de plumes sans espoir
Sur ma trajectoire

Et chaque mot
Comme un brancardier
Vient me sauver, Me soigner

Mes maux
S'attachent à mon corps
Sans me gracier

Mes mots
Se dressant mais pour quel brasier ?
Brisés

J'ai toujours mes rêves sourds
Un cauchemar hébété
Mes émotions sont ma lyre, illimitées

Mes mots
Ils n'expriment plus rien
Je pensais pourtant ne jamais oublier

Mais où sont mes mots
Qu'ils vivent leur chemin
Démystifiés, Loyaux

Mes nouveaux mots
Seront peut-être plus tard beaux

Mes maux
Je préfère les oublier
Et mes charniers
Seront mes flambeaux

Mes mots
Déversez-vous en flots

Mes Mots

Chanson inspirée de "Hey Joe"
Musique interprétée par Lexy Lexey
Compositeur : Billy Roberts
Texte : 251

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