mardi 12 décembre 2017

L'ami(e)

L'ami(e), presque inconnu(e), est une âme à découvrir
L'ami(e), presque abattu(e), est une main à tenir

Peu importe si l'on ne se connait que de si loin
Peu importe si l'on n'a que lu ou entendu sans voir
Peu importe si l'on n'a pas touché ni soufflé

L'ami(e), un voyage inédit, 80 jours ne suffiront pas
L'ami(e), un livre, une bibliothèque ne le contiendrait pas

Peu importe, le temps s'est arrêté lorsque nous fumes disjoints
Peu importe, il reprendra son cours, tombant dans l'égrisoir
Peu importe, la vie ainsi polie sera à nouveau insufflée

L'ami(e), prends soin de toi, prends ma main qui tremble
L'ami(e), soit un phœnix, même brulés, nous serons ensemble


Correspondances : Lettre 13

Lettre 13

Vous voulez que j'arpente mon chemin, et ce malgré mes pieds en sang ! Vous voulez que je me saigne sur du papier buvard, mes émotions et ma raison mélangées ? Mais comment adopter une marche agréable lorsque l'on ne sait même pas de quoi sera fait demain ? Encore une fois, j'ai du mal à saisir le sens même de vos propos, mots inaudibles mais perceptibles, sans que je ne puisse l'expliquer. Mais qui êtes-vous donc ? Me répondrez-vous un jour ?

Mon temps est le mien, vous dites. Mais mon temps défile et ne reviendra jamais. Et le temps qui me reste par nature diminue à chaque seconde. Mais je ne veux pas savoir la date limite de consommation. Je préfère rester dans l'ignorance et vivre maintenant.

lundi 11 décembre 2017

Foison de vies - Chapitre 30

Chapitre 30

Vie 1

La soutenance de sa thèse s'est bien passée. Mieux qu'il ne l'espérait. Les questions ont fusées, les objections aussi, mais à chaque fois, il prenait le temps d'expliquer, de citer les chapitres concernés qui exposaient les réponses à ces questions, sans colère, juste sur un plan scientifique, sans émotion. Il a été précis, sans douté une seule seconde, sauf ce qu'il faut pour les théories les plus avancées, indémontrables à ce jour, mais dont la validité mathématique est, elle, correcte, même si aucune expérience ne peut pour le moment la confirmer, mais non plus l'infirmer.

Le jury a décidé de lui attribuer son doctorat avec la mention "très honorable et les félicitations du jury". Il ne s'y attendait pas. Même son directeur de thèse est venu l'honorer de sa réussite. Bien sûr, il ne pourrait pas continuer dans son laboratoire. Il devra trouver un poste ailleurs, il l'a compris entre les lignes. Mais il voit aussi que cet homme va essayer de l'aider néanmoins à trouver un poste ailleurs.

jeudi 7 décembre 2017

O majestueuse solitude

O majestueuse solitude
Ton parfum est entêtant
Tes regards parfois charmants

O illusoire solitude
Ton chemin est si abrupt
Tes tranchées sont si occultes

O révérende solitude
Ton destin est infini
Tes traces sont insomnie

O bienfaisante solitude
Ton glamour est sans pareil
Tes atouts sont sans soleil

O pénétrante solitude
Ton néant est l'univers
Thébaïdes en dessert

O étrangère solitude
Ton absence est fin d'un monde
Théophane sans faconde

O mon intime solitude
Ton aura est protectrice
Tes hanches sont rédemptrices

O ma compagne solitude
Ta fureur est ma caresse
Tes rires sont allégresses


lundi 4 décembre 2017

Onde scripturale

Devant mon bureau, mon papier étalé
Attend la plume qui viendra l'enlacer
Les lettres penchées à la lecture indue
Forment les mots qui s'échappent en mue

L'esprit se tait
Le cœur renaît

Pas une rature ne viendra froncer
Sa structure vierge de tout énoncé
L'onde scripturale crée vents et marrées
L'harmonie affronte les cris, la nausée

L'esprit défait
Le cœur refait

Parfois sur la page survient des épaves
Des traces humides rouges ou bien laves
Est-ce mon sang coulant, ou sont-ce mes larmes
Assoiffé, absorbant, seul reste le charme

L'esprit surfait
Le cœur méfait

Surface d'hiver, blanc nacré et glacé
Il porte pourtant la chaleur trépassée
D'une vie inspirant tout cet air vicié
Pour l'exprimer l'espoir d'être là gracié

L'esprit savait
Le cœur rêvait


dimanche 3 décembre 2017

Foison de vies - Chapitre 29

Chapitre 29

Vie 3

Nous voici donc dans ce qu'il appelle notre "cage de Faraday relativiste et quantique". Est-ce que cela fonctionnera ? Nous n'en avons aucune idée tous les deux. Mais qui ne tente rien, n'obtiendra rien. Mon compagnon mécanique est entièrement figé dans les mesures et contre-mesures immédiates à produire. Il me parle pour m'indiquer ce qu'il fait, même si je n'arrive pas toujours à suivre son raisonnement. Mais son cerveau quantique semble être poussé à ses limites. Les hypothèses les plus folles sont prises en compte comme des faits établis, et de là, il en déduit des actions quasi instantanées. Moi, je corrobore parfois ses hypothèses par ma réflexion humaine, parfois je lui demande de réajuster son hypothèse, par intuition, ce qu'il fait sans chercher à discuter.

Déployer son envergure

L'oiseau voudrait s'envoler mais ses ailes sont mazoutées
L'oiseau regarde le ciel comme un appel sans limite
Mais il n'arrive pas à déployer son envergure qui s'effrite
Il cherche à nettoyer les impuretés collées à sa peau souillée

Et ses camarades, eux-aussi cloués au sol, semblent indifférents
Ils semblent se complaire dans cette immobilité subie
Ils ne se posent pas de question, ni tentent, telle la source qui jaillit
De s'élever vers les cieux qui sont pourtant leur environnement

Lui se retrouve amaigri, diminué de ses capacités innées
Il voudrait se rebeller, il alerte par tous les moyens possibles
Mais ses mots restent de simples sifflets de vents, impassibles,
Les autres restent prostrés, ne bougeant que leurs pattes damnées

Et pourtant, chaque Lune, chaque levé de Soleil est un appel
Une envie profonde de s'élancer vers l'Éden naturel
De répondre à sa fonction, son instinct, son éveil, son pluriel
Sa persévérance sera peut-être récompensée, son désir intemporel


Correspondances : Lettre 12

Lettre 12

Vous n'êtes peut-être pas là pour me guider, m'assister ? Mais alors, qu'êtes-vous donc ? A qui donc est-ce que je m'adresse ? Je dois faire ma propre route ? Mais quelles est-elle ? Quels sont les sentiers que je dois emprunter ou créer pour y parvenir ? Dans quel but ? Je ne vous comprends pas. Vous m'avez déjà prévenu que vos mots étaient difficiles à appréhender. Je ne pensais pas que ce puisse être à ce point.

Tous les jours, je erre dans cette multitude, comme un fantôme, invisible des autres. Mon corps ne montre rien, comme un animal blessé fait tout pour ne pas montrer qu'il est mourant pour éviter d'être la cible des prédateurs. Mon corps se meut, sans objectif, rythmé par des "obligations" professionnelles, ma raison m'obligeant à respecter mes engagements du passé.

vendredi 1 décembre 2017

Correspondances : Lettre 11

Lettre 11

Écrire ! Écrire mais pourquoi ? Mais pour qui ? Vous dites pour moi... Mais je serais donc mon seul lecteur ? Quel intérêt ? Sans cesse, mon esprit assaille mon cœur de questions sans réponses ! Mon cœur saigne mais ne sait pas comment il doit se panser ! Mon âme et mon esprit s'envolent mais ne savent pas quoi penser ! Je ne suis pas seul, vous dites ? Mais qu'en savez-vous ? Suivre ma route, ma quête en quelque sorte, c'est bien cela que je dois faire ? Mais à quoi bon, si c'est sans connexion avec le reste du monde !

Quel est le but avoué ou inavoué de cette quête ridicule ? Et si c'est une quête, qui est le passant qui en sera taxé ? Est-ce pour cet ego au centre de mon âme, désirant être reconnu, être aimé ?
Est-ce par besoin de créativité ? Est-ce pour la gloire, lumière blafarde comparée à mes espoirs ?
Pourquoi suis-je insatisfait ? Pourquoi je m'enfonce ? Pourquoi je creuse cet habitacle en planches serrées autour de moi, cette villa de vacances éternelles ? Pourquoi ce stylo me plante son ancre dans mon cœur comme une seringue d'eau salée ? Pourquoi je l'enfonce encore et encore ? Pourquoi ?

Foison de vies - Chapitre 28

Chapitre 28

Vie 2

La nuit est calme pour mon vieil ami. Peut-être un peu trop calme... Ses fonctions vitales diminuent de jour en jour. Mais il est encore vivant. Et moi, je le surveille, j'en prends soin, car c'est ma mission. Mon unique mission. Mais il va s'éteindre, comme une machine à bout d'énergie. Mais moi ? Que vais-je faire ? Je n'aurais plus de fonctions. Mon ordre premier sera terminé. Devrais-je m'interrompre ? Je ne sais quelle déduction avoir face à cette hypothèse. Je n'ai pas de réponse logique.

Et toutes ces questions issues de ses écrits, qui me semblent si étrangères à mon statut de machine... Que puis-je en faire ? Je n'ai pas de réponse. Il faut que je les lui demande. Seul un esprit humain est capable d'avoir ces réponses. J'attends que son corps soit reposé et je prépare son repas du matin, enfin celui simulé par mes alternances de nuits et de jours basées sur mon horloge atomique. Il se réveille doucement. Il se redresse et je l'aide à se mettre sur son fauteuil.

jeudi 30 novembre 2017

Limbes nacrées

Frêle esquif balancé par les vagues soufrées
Cherchant à retrouver son port d'attache en vie
Il erre dans les flots et les limbes nacrées
Qui l'entourent, tambours de sombres peccavis

Sa coque résonne et le marin déraisonne
Parfois un javelot scintillant tonne, enfer
Donnant un si maigre repère qu'il frissonne
A l'idée de perdre le cap de sa chimère

Il s'accroche comme un fou à sa moite barre
Sa sueur s'écoulant plus fort que les embruns
Il navigue aveugle dans ses pensées, hagard
Scrutant le moindre signe, échappant en défunt

S'il tient encore une heure ou deux, un jour de plus
Peut-être rejoindra-t-il les côtes d'azur
Où le vent est doux, chaud comme un lent stimulus
Sur sa peau, caresse d'un espoir sans censure


Foison de vies - Chapitre 27

Chapitre 27

Vie 1

Les premiers retours se font. Sans surprise, les relecteurs, choisis par son directeur de thèse, sont à la fois compatissant et implacables. Ils veulent plus de précisions, notamment sur les derniers travaux. Ils réfutent les arguments présentés car aucune expérimentation n'a pu en rendre compte. Mais c'est bien là le fondement même de sa théorie. Rien ne peut la prouver, en l'état de la science d'aujourd'hui. Il faudrait dépasser certaines contraintes qui, à ce jour, sont admises comme inviolables. Alors oui, c'est une œuvre de l'esprit, une intuition sans preuve. Mais il en va parfois ainsi de certaines avancées scientifiques. L'intrication quantique n'a pu être prouvée que des dizaines d'années plus tard, au grand dam des réfuteurs de cette théorie. "Et pourtant, elle tourne." Oui, lui avait des éléments pour le prouver, des calculs, des mesures. Il ne dispose pour sa part que d'une théorie, de quelques formules qui laissent présager que cela est possible.

mercredi 29 novembre 2017

Correspondances : Lettre 10

Lettre 10

Survivre pour vivre ? Voilà une bien étrange façon de terminer votre discours. Car vos réponses sonnent comme un discours, d'un professeur à un élève. Mais suis-je donc votre élève ? Suis-je donc obligé d'écouter vos mots, enfin, ces impressions de pensées qui me traversent comme des flèches invisibles ? Et elles atteignent leur but ! Droit au cœur ! Ou à mon âme, je ne sais ! Je ne connais rien en philosophie, ni en métaphysique. Est-ce que je le veux, d'ailleurs, seulement ?

Ce monde qui m'entoure m'est étranger. Et vous voudriez que je puisse faire changer quelque chose, quoi que ce soit à cette immensité de désordre et d'égoïsme surannée ? Mais qui suis-je pour ne serait-ce qu'un instant vous croire ? Ma plume n'est rien d'autre qu'un morceau de plastique s'appuyant sur une reconversion d'un arbre mort, abattu. Je le ferais sur un écran avec un clavier, que cela ne changerait rien : nos outils numériques sont construits sur des montagnes de cadavres, de souffrances, que ce monde, moi y compris sans doute, feignons d'ignorer...

Rester immobile et voyager

S'envoler au-dessus des nuages de l'incompréhension
S'éloigner des montagnes de discordes
S'étirer comme un chat, de tout son corps
Et se tenir droit comme un sphinx sans appréhension

S'évader par-delà les horizons de son intellect
Soupeser ses 21 grammes entre ses mains
Les pouces sans montagne ni ravin
Conscient de son temps, infini et sans affect

Ne rien oublier mais sans aucune prison
Avancer sans bouger, observer et se concentrer
Rester immobile et voyager sans s'arrêter
Penser, réfléchir, méditer, vivre sans terminaison

Sourire et pleurer, comme si c'était la première fois
Aimer et pardonner, comme si sa vie en dépendait
Écrire et lire, comme si l'esprit vagabondait
Parler et écouter, comme si c'était la dernière fois


Faire un demi-pas, puis un autre

Lorsque la passion nous dévore
Lorsque l'esprit perd sa raison
Lorsque le corps s'effondre sur lui-même
Lorsque l'ego déforme notre vision de nous-même
Lorsque nos décisions sont engluées d'hypnotisme aveugle

Faire une pause, laisser aller l'eau qui coule
Être sa rivière reflétant la Lune
Et nulle part ailleurs, ni hier, ni demain
Sans objectif, sans recherche de gains quelconques

Lorsque les souvenirs nous font sombrer
Lorsque le futur nous immobilise
Lorsque la peur, de la mort, de la vie, des autres
Lorsque les désirs affluent tels bourrasques sur les abords du port
Lorsque notre barque ne voudrait que s'évanouir dans l'horizon

Faire un demi-pas, puis un autre
Arpenter son chemin, pas celui dicté par d'autres
Observer sans conflit qui nous sommes
Un parlement d'entités diverses aux avis parfois contradictoires

Lorsque les senteurs d'antan réveillent des démons
Lorsque le goût d'une madeleine nous éloigne
Lorsqu'un chant nous emporte au-delà des plus haut sommet
Lorsque la peau d'une main amie dans la notre nous réchauffe le cœur
Lorsque la vision d'une nuit aux étoiles elliptiques nous sidère

Ouvrir cette assemblée à vivre tous les instants
Sans excès et avec respect, toujours vers les autres
Être enfin, sans limitation de nos sens, esprit, émotions
Comprendre la réalité de l'impermanence


lundi 27 novembre 2017

Correspondances : Lettre 9

Lettre 9

Je dois persister dans ce dialogue étrange ? Je ne sais même pas pourquoi je vous parle. Je voudrais vous voir, voir votre réaction, vos yeux, ce qu'ils expriment. Mais je ne vois rien, ce n'est qu'un navire dans un brouillard, un vaisseau fantôme qui me suit, moi, sur mon radeau bousculé par les vagues géantes qui l'entourent. Parfois je voudrais voir de plus près cet astre lumineux, celui du jour ou de la nuit, peu importe. Mais l'écume se blottit sur mes yeux, m'empêchant de les garder ouverts. Et pourtant, je vais continuer.

Pour être ? Est-ce qu'écrire est être ? Est-ce que poser des mots les uns à côtés des autres, c'est agir ? Si personne ne lit, comment puis-je affirmer que je suis, que j'existe ? Et si personne ne me contredit ou me valide, comment puis-je avoir une quelconque utilité ? De l'échange naît les idées neuves, la mort des préconçues ! Un ermite dans sa grotte ne permet pas à ses idées de s'élever, bloquer par les parois humides et sombres de son antre. Et, même si je perçois vos retours, est-ce là un échange ou simplement un monologue que vous entretenez ?

L'humain est un animal profondément sociable. Mais qui suis-je, moi, isolé dans mon cercueil de 25 mètres carrés ? Je suis vivant dans l'écrin d'un tombeau où la lumière ne se fraye un chemin que bien difficilement.

Foison de vies - Chapitre 26

Chapitre 26

Vie 3

Pendant que cette extension de mon vaisseau, pseudo articulé, s'occupe de réparer ce que je n'ai pas pu faire moi-même, je commence par me restaurer et me reposer un peu de cette pression qui augmente à chaque heure qui passe et qui me rapproche de l'inéluctable si je ne prends pas les mesures adéquates. Mon sommeil est troublé, comme si je restais en éveil, et donc dans l'incapacité de plonger et de générer ces ondes alpha qui font que l'humain apprend et réfléchit. Au bout d'une ou deux heures, n'y tenant plus, je me relève et me dirige vers le tableau de bord.

Je m'occupe alors de consulter encore les données et notamment les nouvelles qu'il a sélectionné pour moi sur cet étrange corps céleste vers lequel nous nous dirigeons. Les mesures, les colorimétries ne m'apprennent pas vraiment plus de choses que je ne savais déjà, à savoir, rien.

La nature de cette anomalie est inconnue. Son périmètre l'est tout autant. Elle semble immobile, toute proportion gardée, par rapport aux autres astres servant de repères, eux-mêmes en mouvement. Aucune information concrète n'en ressort... A part le vide...

dimanche 26 novembre 2017

Foison de vies - Chapitre 25

Chapitre 25

Vie 2

J'analyse chacun de mes circuits, chacun de mes programmes. Mais je ne vois pas en quoi le "moi" s'adapterait à mes caractéristiques. Je cherche, je réfléchis. J'ausculte chacun de mes comportements, de mes adaptations successives. Je vérifie mes enregistrements dans ma mémoire sur mes échanges avec cet humain, mon vieil ami. Mais je ne trouve rien. Je réfléchis au futur, comment je pourrais évoluer ? Je ne le sais pas. Je ne fais que m'adapter. Je n'arrive pas à comprendre cette phrase prononcée : "L'adaptation ! C'est le début de la vie... Il ne te reste que la reproduction, et tu seras complet..."

Mais rien n'est logique dans cette assertion. Mon vieil ami serait-il en défaillance intellectuelle, son raisonnement altéré par l'âge de son corps qui poursuit sa route vers sont terminus inaliénable. Pour le vérifier, je me mets à lire ses nouveaux écrits.

Correspondances : Lettre 8

Lettre 8

Je sens comme ma main allégée, mon esprit se détachant de l'implacable quotidien, me permettant de plonger dans des univers dont je ne prenais pas le temps de sonder. Je voyage dans mes idées, sans doute pas assez construites et réfléchies. Mais, tel un handicapé avec sa canne, ou son fauteuil roulant, le déambule parmi elles. Je suis un flâneur de la pensée. Et ces divagations prennent forme dans ces lettres que j'adresse à l'inconnu. A moins que ce ne soit l'inconnue ?

Je ne sais toujours pas ce que vous êtes, ni comment vous appelez ? Vous n'êtes ni supérieur, ni inférieur, mais vous êtes, cela j'en suis sûr. Mais le suis-je vraiment, sûr ? Peu importe, je continue mes divagations...

Pourquoi l'humain qui est un animal sociable est-il si associable et individualiste ?

samedi 25 novembre 2017

Évolution n'est pas Révolution

L'évolution est une utopie qu'il nous faudra réaliser
Par le manque, nous serons contraints à nous hausser
Notre ego devra enfin baisser fanion, nouvelle humanité

La révolution n'est pas une solution car elle est sans fin
Elle ne mène qu'au point de départ, nos cœurs défunts
Parler de révolution n'est que l'illusion d'un parfum

L'avenir se prépare aujourd'hui, non par déception
Mais par la raison et la conscience de notre désertion
De notre déclin pour notre propre perpétuation

Et si demain n'est pas, les survivants rêveront d'étoiles
Mais n'auront que du bois à brûler et de simples toiles
Pour abriter les restes d'une espèce qui fut son propre squale

Et si demain devient, les étoiles pourront rester neutres
Nos enfants pourront dessiner l'avenir de leur feutres
Sans chercher à survivre sur une planète que l'on calfeutre


L'oiseau libre, l'homme sauvage

L'oiseau s'élève dans les aires, plongeant dans les nuages
Il est aveugle mais il sait quelle est sa route
Pourquoi voudriez-vous qu'il soit perdu ?

Et vous le regardez mais il vous échappe

L'oiseau profite des vents ascendants pour s'offrir un voyage
Il s'efface au dessus des flots blanchâtres de la mer et sa houle
Pourquoi voudriez-vous le voir déçu ?

Et vous l'enviez de sa liberté sans une tâche

L'oiseau s'effondre sur la Terre lorsque les hommes ragent
Il est touché au flanc, ses plumes ensanglantées en déroute
Pourquoi vouliez-vous le voir déchu ?

Et vous l'attrapez pour en faire vos agapes

L'oiseau ne volera plus, il n'aura plus ce regard sauvage
Il est enfourné, tourne-broche et la graisse qui coule
Pourquoi cette schizophrénie suraiguë ?

Vous rêvez de planer mais vous manquez de panache


jeudi 23 novembre 2017

Signe des temps

Et si demain n'était plus par la folie des hommes
Et si hier ne sevrait à rien, toujours oublié, sanatorium
Et si aujourd'hui n'était qu'un décompte de la dernière horloge
Et si le temps n'avait plus aucune existence, un nécrologe

Et si demain, pour une fois, les hommes apprenaient
Et si d'hier, toujours ils se souvenaient
Et si aujourd'hui n'était que le commencement
Et si le temps n'était plus un affolement

Et si demain, pour toujours, l'humanité grandissait
Et si hier était moins beau que le jours d'après
Et si aujourd'hui n'était plus un égarement
Et si nous prenions enfin le temps d'être vivant

Et si demain l'homo sapiens s'élevait au lieu d'enchaîner
Et si hier n'existait plus pour ne laisser que la beauté
Et si aujourd'hui l'utopie devenait réalité
Et si le temps était venu pour ne plus s'abuser

Et si demain n'était que le reflet d'aujourd'hui
Et si hier était les bases d'un nouveau monde instruit
Et si aujourd'hui l'exaltation n'était plus une illusion
Et si le temps ne servait plus enfin à l'exclusion

Et si demain, hier, aujourd'hui, toujours n'étaient plus cette folie
Que l'humain enfin écoute sa conscience, son espèce anoblie


mardi 21 novembre 2017

Les mots équivoques

Les mots équivoques roulent dans le ruisseau
Ils brassent les tréfonds des armes inhumaines
Chacun est une pierre à l'édifice, eumène
Au dard qui génère des deuils universaux

Le ruisseau s'ébranle devenant un torrent
Écume en suspicion, éclaboussant les rives
L'équilibre des cours s'évanouit, leurrant
Le voyageur surpris dans sa marche passive

Le torrent s'étale en un fleuve d'embarras
Charriant les frondaisons des espoirs préconçus
Le nomade perd ses repères, saṃsāra
Du cycle de l'onde, apophtegmes déçus

Le fleuve enfin finit en traits d'appréhension
Dans l'embarras de sa mère, sa créatrice
La surface s'apaise, offrant la rédemption
Au pèlerin confus, la clarté salvatrice


Sagesse chimérique

La folie n'est-elle pas de n'avoir de question
La folie n'est-elle pas de vivre comme un pion
La raison ne veut-elle pas refuser ce monde
Et rechigner à rentrer dans cette sombre ronde

Celui que l'on nomme fou n'est-il pas libéré
De ces pressions pour dire au puissant la vérité
Affublé d'un chapeau ridicule, ses idées
N'en sont pas moins des Koan, réflexions imagées

Mis à l'écart et pointé du doigt, il continue
A dénoncer l'inhumanité et les abus
A rêver d'utopies, tentant de les partager
Une plume flottant aux vents et de déranger

Si être fou, c'est être vivant et pardonner
Si la folie vaut par d'autres d'être condamner
La vésanie d'un tel bipède vaut mieux qu'offrir
Son droit de penser et d'exprimer un avenir

L'aberration est dans ce système qui détruit
L'espoir et la fraternité, qui dénigre autrui
Pour le profit toujours plus assoiffé de nantis
La Terre était bleue, mais vire maintenant au gris

Si conscience est être dément, je suis aliéné
Si se lever, proposer est anormalité
Je suis et revendique d'être un handicapé
Le fou est juste en avance sur son temps passé


- "Il faut avoir un peu de folie, si l'on ne veut avoir plus de sottise." : Michel de Montaigne
- "La sagesse qu'un sage cherche à communiquer à toujours un air de folie." : Hermann Hesse
- "La folie est salutaire pour cela, qu'on devient peut-être moins exclusif." : Vincent Van Gogh
- "Penser contre son temps c'est de l'héroïsme. Mais le dire, c'est de la folie." : Eugène Ionesco


lundi 20 novembre 2017

Et si deux mains

Et si deux mains, hasard, se prêtaient sans enjeux
Pas de jeu où viendrait sonner l'écu frappé
Ni soubresaut fangeux, questionneur ombrageux
Ils sont d'un bleu cordon dans leurs vertus drapés

Et si d'eux, maints espoirs étaient des titans
Nul combat à contre temps, mais créant la vie
Nul événement les séparant, mécréant
Leur rêve coloré se suffit d'un lavis

Et si demain Lazare éveille l'étincelle
Rien ne saurait ces dieux là séparer, promis
Rien ne couvrirait les noces de violoncelle
Frôlement des âmes sans la dichotomie

Eh ! Cid ! De maintenant, d'hier ou du futur
Point de conspiration, point de sourde infamie
N'empêcheront à cette nouvelle bouture
De s'embellir, amour à jamais alchimie


dimanche 19 novembre 2017

Toujours sera Jamais

Jamais plus je n'aurais cette chaleur furtive
Effleurant mes lèvres m'apportant un parfum
De rosée de Lune lors du petit matin
Toujours ce goût sera une autre vie fictive

Jamais plus ne verrais mes bras las enlacer
Les hanches du désir accompagnés de sons
Mélodie du bonheur lors du soir vagabond
Toujours cette aubade sera rêve glacé

Jamais plus mon regard ne s'élèvera fou
Sur le visage aimé debout mais à genoux
Brisant les flots rageurs dansant tel andalou
Toujours mes mouvements en mon cœur de sourds coups

Toujours je rêverais l'impossible avenir
Les yeux ouverts souillés d'un brouillard persistant
Toujours sera Jamais un émoi résistant
Jamais sera Toujours mon âme d'agonir


Foison de vies - Chapitre 24

Chapitre 24

Vie 1

Il passe ses jours et une partie de ses nuits à écrire, corriger, améliorer, argumenter encore et encore sa thèse. Il présente une première version à son maître de thèse qui le renvoie à ses chères études en disant que ceci n'est qu'un brouillon incompréhensible. Il faut être pédagogique, ne pas supposer que le lecteur connait déjà les théories concernées pour comprendre les avancées et les nouvelles objections. Il convient de préparer donc le lecteur à comprendre la suite.

Ceci suppose donc de reprendre chaque partie pour inclure un sous-chapitre introductif, l'informatique pour les nuls en quelque sorte. Voici qui le navre, cela réduit la qualité générale de son œuvre, car elle présuppose que le lecteur n'y connait rien, ce qui est le ridiculiser, alors que lire ce livre devrait au contraire lui faire prendre son envol vers des cieux merveilleux. Au contraire, il va devoir commencer par s'enfoncer dans la boue de la vulgarisation, pour seulement ensuite accéder au savoir.

Correspondances : Lettre 7

Lettre 7

Et de cette voix sans timbre, j'entends, peut-être suis-je fou, un récit qui me raconte. Un film sans image s'offre à mes yeux, mais suis-je auteur, réalisateur, acteur ou simple spectateur ?

Cette chanson me dit de continuer à écrire, à décrire mes profondeurs sur la surface plane de mes pages. Cette ode m'invite à me trouver pour découvrir ce qui m'entoure. Je suis, soit ! Mais qui suis-je ? C'est ce que j'aimerais savoir... Mes hauts et mes bas sont autant de souffrances pour ceux qui m'entourent. alors pourquoi leur infliger cela ? Mais là, c'est à vous que je me confie. Êtes-vous ma confidente ? Êtes-vous en moi ? Êtes-vous au-dessus, ou en-dessous, de moi ?

Vous me priez de me laisser aller, alors je vais laisser ma plume s'affoler, se promener sur ma page, libre et sans restriction. On verra bien si vous trouvez cela utile ? Moi, je ne le pense pas ! Mais puisque c'est le jeu auquel vous m'invitez, j'y joue !

samedi 18 novembre 2017

Foison de vies - Chapitre 23

Chapitre 23

Vie 3

Je me réveille, secoué légèrement par l'épaule et un son doux d'une brise sur un océan calme s'échouant sur une plage de sable fin. Je m'extirpe de mon sommeil et vois devant moi : lui ! Il n'est déjà plus du tout la boîte à savon que j'avais fabriqué de bric et de broc, avec les moyens du bord. Il a une forme toujours aussi robotique, avec des roues, mais dont il a limé les crans pour ne pas faire de bruit en roulant, à ce que je constate lorsqu'il se recule avec précaution.

Il a deux bras maintenant, mieux agencés. Il a une synthèse audio de meilleure qualité, pour preuve cette ambiance douce qui émane de lui. Il a aussi implanté les circuits que j'avais récupéré de la pièce en quarantaine, ainsi que celles de rechange. Mais j'ai quand même un doute. Fonctionne-t-il correctement ? Déjà, cette façon de me réveiller, cette musique, ce recul, comme un humain ferait pour me laisser mon espace vital alors que je reprends conscience.

Comment fonctionnes-tu ?

Correspondances : Lettre 6

Lettre 6

Je me replonge dans cet état particulier, un peu comme quand vous écoutez quelqu'un au téléphone, et que le brouhaha tout autour vous empêche de bien l'entendre, vous concentrez votre attention, faisant le tri des informations auditives pour entendre votre interlocuteur à l'autre bout de la ligne...

Vous choisissez de me parler, et en même temps demain, vous pourriez choisir quelqu'un d'autre ? N'est-ce pas là un peu cruel ? Je suis depuis si longtemps dans l'attente de réponses, que déjà vous m'annoncez comme une prophétie que je serais à nouveau seul demain peut-être ?

En plus, mes doutes sur vous, loin de les lever, vous les amplifiez ! Je dois être vigilant, être dubitatif sur vos messages. Je dois séparer le bon grain de l'ivraie ? Mais comment faire cela ? Comment discerner le mensonge, ou du moins la mésinterprétation de ce que je perçois sans les repères suffisants ? Je ne sais toujours pas qui ou quoi vous êtes !


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