jeudi 23 novembre 2017

Signe des temps

Et si demain n'était plus par la folie des hommes
Et si hier ne sevrait à rien, toujours oublié, sanatorium
Et si aujourd'hui n'était qu'un décompte de la dernière horloge
Et si le temps n'avait plus aucune existence, un nécrologe

Et si demain, pour une fois, les hommes apprenaient
Et si d'hier, toujours ils se souvenaient
Et si aujourd'hui n'était que le commencement
Et si le temps n'était plus un affolement

Et si demain, pour toujours, l'humanité grandissait
Et si hier était moins beau que le jours d'après
Et si aujourd'hui n'était plus un égarement
Et si nous prenions enfin le temps d'être vivant

Et si demain l'homo sapiens s'élevait au lieu d'enchaîner
Et si hier n'existait plus pour ne laisser que la beauté
Et si aujourd'hui l'utopie devenait réalité
Et si le temps était venu pour ne plus s'abuser

Et si demain n'était que le reflet d'aujourd'hui
Et si hier était les bases d'un nouveau monde instruit
Et si aujourd'hui l'exaltation n'était plus une illusion
Et si le temps ne servait plus enfin à l'exclusion

Et si demain, hier, aujourd'hui, toujours n'étaient plus cette folie
Que l'humain enfin écoute sa conscience, son espèce anoblie


mardi 21 novembre 2017

Les mots équivoques

Les mots équivoques roulent dans le ruisseau
Ils brassent les tréfonds des armes inhumaines
Chacun est une pierre à l'édifice, eumène
Au dard qui génère des deuils universaux

Le ruisseau s'ébranle devenant un torrent
Écume en suspicion, éclaboussant les rives
L'équilibre des cours s'évanouit, leurrant
Le voyageur surpris dans sa marche passive

Le torrent s'étale en un fleuve d'embarras
Charriant les frondaisons des espoirs préconçus
Le nomade perd ses repères, saṃsāra
Du cycle de l'onde, apophtegmes déçus

Le fleuve enfin finit en traits d'appréhension
Dans l'embarras de sa mère, sa créatrice
La surface s'apaise, offrant la rédemption
Au pèlerin confus, la clarté salvatrice


Sagesse chimérique

La folie n'est-elle pas de n'avoir de question
La folie n'est-elle pas de vivre comme un pion
La raison ne veut-elle pas refuser ce monde
Et rechigner à rentrer dans cette sombre ronde

Celui que l'on nomme fou n'est-il pas libéré
De ces pressions pour dire au puissant la vérité
Affublé d'un chapeau ridicule, ses idées
N'en sont pas moins des Koan, réflexions imagées

Mis à l'écart et pointé du doigt, il continue
A dénoncer l'inhumanité et les abus
A rêver d'utopies, tentant de les partager
Une plume flottant aux vents et de déranger

Si être fou, c'est être vivant et pardonner
Si la folie vaut par d'autres d'être condamner
La vésanie d'un tel bipède vaut mieux qu'offrir
Son droit de penser et d'exprimer un avenir

L'aberration est dans ce système qui détruit
L'espoir et la fraternité, qui dénigre autrui
Pour le profit toujours plus assoiffé de nantis
La Terre était bleue, mais vire maintenant au gris

Si conscience est être dément, je suis aliéné
Si se lever, proposer est anormalité
Je suis et revendique d'être un handicapé
Le fou est juste en avance sur son temps passé


- "Il faut avoir un peu de folie, si l'on ne veut avoir plus de sottise." : Michel de Montaigne
- "La sagesse qu'un sage cherche à communiquer à toujours un air de folie." : Hermann Hesse
- "La folie est salutaire pour cela, qu'on devient peut-être moins exclusif." : Vincent Van Gogh
- "Penser contre son temps c'est de l'héroïsme. Mais le dire, c'est de la folie." : Eugène Ionesco


lundi 20 novembre 2017

Et si deux mains

Et si deux mains, hasard, se prêtaient sans enjeux
Pas de jeu où viendrait sonner l'écu frappé
Ni soubresaut fangeux, questionneur ombrageux
Ils sont d'un bleu cordon dans leurs vertus drapés

Et si d'eux, maints espoirs étaient des titans
Nul combat à contre temps, mais créant la vie
Nul événement les séparant, mécréant
Leur rêve coloré se suffit d'un lavis

Et si demain Lazare éveille l'étincelle
Rien ne saurait ces dieux là séparer, promis
Rien ne couvrirait les noces de violoncelle
Frôlement des âmes sans la dichotomie

Eh ! Cid ! De maintenant, d'hier ou du futur
Point de conspiration, point de sourde infamie
N'empêcheront à cette nouvelle bouture
De s'embellir, amour à jamais alchimie


dimanche 19 novembre 2017

Toujours sera Jamais

Jamais plus je n'aurais cette chaleur furtive
Effleurant mes lèvres m'apportant un parfum
De rosée de Lune lors du petit matin
Toujours ce goût sera une autre vie fictive

Jamais plus ne verrais mes bras las enlacer
Les hanches du désir accompagnés de sons
Mélodie du bonheur lors du soir vagabond
Toujours cette aubade sera rêve glacé

Jamais plus mon regard ne s'élèvera fou
Sur le visage aimé debout mais à genoux
Brisant les flots rageurs dansant tel andalou
Toujours mes mouvements en mon cœur de sourds coups

Toujours je rêverais l'impossible avenir
Les yeux ouverts souillés d'un brouillard persistant
Toujours sera Jamais un émoi résistant
Jamais sera Toujours mon âme d'agonir


Foison de vies - Chapitre 24

Chapitre 24

Vie 1

Il passe ses jours et une partie de ses nuits à écrire, corriger, améliorer, argumenter encore et encore sa thèse. Il présente une première version à son maître de thèse qui le renvoie à ses chères études en disant que ceci n'est qu'un brouillon incompréhensible. Il faut être pédagogique, ne pas supposer que le lecteur connait déjà les théories concernées pour comprendre les avancées et les nouvelles objections. Il convient de préparer donc le lecteur à comprendre la suite.

Ceci suppose donc de reprendre chaque partie pour inclure un sous-chapitre introductif, l'informatique pour les nuls en quelque sorte. Voici qui le navre, cela réduit la qualité générale de son œuvre, car elle présuppose que le lecteur n'y connait rien, ce qui est le ridiculiser, alors que lire ce livre devrait au contraire lui faire prendre son envol vers des cieux merveilleux. Au contraire, il va devoir commencer par s'enfoncer dans la boue de la vulgarisation, pour seulement ensuite accéder au savoir.

Correspondances : Lettre 7

Lettre 7

Et de cette voix sans timbre, j'entends, peut-être suis-je fou, un récit qui me raconte. Un film sans image s'offre à mes yeux, mais suis-je auteur, réalisateur, acteur ou simple spectateur ?

Cette chanson me dit de continuer à écrire, à décrire mes profondeurs sur la surface plane de mes pages. Cette ode m'invite à me trouver pour découvrir ce qui m'entoure. Je suis, soit ! Mais qui suis-je ? C'est ce que j'aimerais savoir... Mes hauts et mes bas sont autant de souffrances pour ceux qui m'entourent. alors pourquoi leur infliger cela ? Mais là, c'est à vous que je me confie. Êtes-vous ma confidente ? Êtes-vous en moi ? Êtes-vous au-dessus, ou en-dessous, de moi ?

Vous me priez de me laisser aller, alors je vais laisser ma plume s'affoler, se promener sur ma page, libre et sans restriction. On verra bien si vous trouvez cela utile ? Moi, je ne le pense pas ! Mais puisque c'est le jeu auquel vous m'invitez, j'y joue !

samedi 18 novembre 2017

Foison de vies - Chapitre 23

Chapitre 23

Vie 3

Je me réveille, secoué légèrement par l'épaule et un son doux d'une brise sur un océan calme s'échouant sur une plage de sable fin. Je m'extirpe de mon sommeil et vois devant moi : lui ! Il n'est déjà plus du tout la boîte à savon que j'avais fabriqué de bric et de broc, avec les moyens du bord. Il a une forme toujours aussi robotique, avec des roues, mais dont il a limé les crans pour ne pas faire de bruit en roulant, à ce que je constate lorsqu'il se recule avec précaution.

Il a deux bras maintenant, mieux agencés. Il a une synthèse audio de meilleure qualité, pour preuve cette ambiance douce qui émane de lui. Il a aussi implanté les circuits que j'avais récupéré de la pièce en quarantaine, ainsi que celles de rechange. Mais j'ai quand même un doute. Fonctionne-t-il correctement ? Déjà, cette façon de me réveiller, cette musique, ce recul, comme un humain ferait pour me laisser mon espace vital alors que je reprends conscience.

Comment fonctionnes-tu ?

Correspondances : Lettre 6

Lettre 6

Je me replonge dans cet état particulier, un peu comme quand vous écoutez quelqu'un au téléphone, et que le brouhaha tout autour vous empêche de bien l'entendre, vous concentrez votre attention, faisant le tri des informations auditives pour entendre votre interlocuteur à l'autre bout de la ligne...

Vous choisissez de me parler, et en même temps demain, vous pourriez choisir quelqu'un d'autre ? N'est-ce pas là un peu cruel ? Je suis depuis si longtemps dans l'attente de réponses, que déjà vous m'annoncez comme une prophétie que je serais à nouveau seul demain peut-être ?

En plus, mes doutes sur vous, loin de les lever, vous les amplifiez ! Je dois être vigilant, être dubitatif sur vos messages. Je dois séparer le bon grain de l'ivraie ? Mais comment faire cela ? Comment discerner le mensonge, ou du moins la mésinterprétation de ce que je perçois sans les repères suffisants ? Je ne sais toujours pas qui ou quoi vous êtes !


vendredi 17 novembre 2017

Sa paume effleura la mienne

Je cherchais sa main, profondément endormi
Mon bras s'étendait doucement vers elle
Et sa paume effleura la mienne, ébloui
Comme répondant et devançant mon appel

Sa caresse était douce, chaude et immatérielle
Ma surprise fut si grande, que je me forçais au réveil

Je cherchais les yeux fermés son épaule dénudée
Mais je ne trouvais que le vide effacé
J'ouvrais les yeux, encore embrumés
Par les nuages vaporeux de Morphée

Pour me rendre compte que j'étais seul dans ma vie
Comme déjà depuis fort longtemps dans ce lit

Cette chambre n'était plus la nôtre
Ce ne fut qu'un rêve, l'idéal d'un moment
Mon ange avait répondu à son apôtre
Par sa chaleur humaine si présente que j'aime tant

Je me suis rendormi, avec un mélange de tristesse
Pour cet instant onirique, si court mais plein de tendresse



Correspondances : Lettre 5

Lettre 5

Je prends l'habitude cet échange de lettres transparentes en retour, ces conversations silencieuses. Je commence même à mieux saisir, comme si je m'accoutumais à un accent étranger d'une personne apprenant ma langue dans un flot continue et vif, tout en étant doux. Je suis submergé d'images, de sons, le tout dans un calme indécis.

Mais je dois me remettre à ma concentration, ma passivité d'écoute pour comprendre le mieux possible ce qui m'est dit. Je ne voudrais pas louper une phrase, une idée, ou pire, faire un contre-sens. Quoique les impressions que je reçois sont souvent contradictoires, comme si vous manipuliez le vrai et le faux simultanément.

Foison de vies - Chapitre 22

Chapitre 22

Vie 2

En fin d'après-midi, je le sens malgré tout fatigué. Son corps s'use plus vite que je ne pensais. Je ne lui propose plus de modifier son corps pour qu'il perdure. Mais par contre, je fais ce que je peux pour lui donner les éléments nutritifs utiles au ralentissement de sa dégénérescence physique. Son cerveau, lui, n'est en rien éteint. Il est encore plus éveillé sans doute que lors de sa prime jeunesse. C'est sans doute d'ailleurs la cause de son vieillissement accéléré de son enveloppe, toute son énergie se projetant dans sa réflexion et ses transcriptions.

D'ailleurs, à peine le repas terminé, non sans me faire une remarque habituelle sur le goût détestable de certains aliments, il revient à sa table et reprend le stylet. Je m'écarte et je m'occupe de faire des examens médicaux par diverses analyses non intrusives sur mon vieil ami.

jeudi 16 novembre 2017

Le calme profond est un combat

Homme ou Femme, Noir ou Blanc, la Vie
Interdépendances désunies

Plonger dans les sommets
Pour atteindre les neiges fugaces
S'asseoir pour s'élever
Penser non pensée, s'écouler sous la surface

Homme ou Femme, Noir ou Blanc, la Vie
Interdépendances désunies

L'agitation s'immobilise, la quête
Le calme profond est un combat
Nulle victoire, seulement des défaites
Les phénomènes s'effacent, sans débat

Homme ou Femme, Noir ou Blanc, la Vie
Interdépendances désunies

Laissant place au vide qui nous emplie
Le vide devient plein, le plein devient vide
Oublier nos souvenirs inassouvis
Se souvenir de notre futur, tel chrysalide

Dans l'hiver, la Terre prépare ses plus belles fleurs
La Lune froide les irradie de sa douceur

Le chemin se fait d'un demi-pas, sous tension
Comme une demi-vérité
Ou une demi-illusion
L'important est toujours et encore d'avancer

Homme et Femme, Noir et Blanc, la Vie
Yin et Yang, différences enfin unies

Photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kawabata_Terutaka_Seigan_Kamae_Ryushin_Shouchi_Ryu.jpg

Correspondances : Lettre 4

Lettre 4

Maintenant, je commence à mieux entendre cette absence de son, mais cette voix muette qui me répond. Maintenant, je vois les images invisibles et je ressens les émotions indicibles. Maintenant, même si je ne sais pas vers qui ou quoi mes lettres vont, je ressens les réponses, parfois sous forme de questions, en retour.

Ne pas se perdre dans les méandres de la pensée, mais faire le tour de soi, de ses questions, sans hésiter à décrire des retours depuis le point de départ pour repartir, comme neuf, vers de nouveaux horizons. Étendre ce cercle de ma conscience, pour englober et voyager au-delà de mes perceptions limitées. Oui, je crois comprendre... Mais c'est loin d'être chose facile...

Foison de vies - Chapitre 21

Chapitre 21

Vie 1

Absorber dans ses études, on pourrait croire que tout va bien. On pourrait croire que c'est un bourreau de travail, que rien d'autre ne compte. Mais c'est oublié ce passif, que tout le monde ignore. Il le cache autant qu'il le peut. Et quand la plainte du vent est trop forte dans ses poumons secoués de spasmes, il prend sa plume, délaissant pour quelques instants sa rédaction et ses corrections. Il se retrouve un temps, sachant qu'il se perdra dans les secondes qui suivront, plongé dans ses livres et son ordinateur.

mercredi 15 novembre 2017

Perdre le fil de sa vie et renaître

A la fuite de son ego, les chemins brillent
La souffrance naît des illusions que l'on porte
Désirs font les peines, Raison sort les cohortes
Décisions sans âme, Corps où maux étrillent

Notre temps est sans ces aiguilles d'une horloge
Chaque seconde est une éternité vivante
Ne pas se renfermer mais admirer l'andante
La Lune et ses reflets et en faire l'éloge

Non pas opposer "moi" à "soi" mais s'écouter
Entendre ce vide qui ne demande rien
Et perdant le fil de sa vie, renaître bien
Éprouver sa tombe, le Soleil sur les blés

Voir la fureur sourde, devenir ce lac calme
Abandonner l'espoir pour vivre intensément
Laisser là sa grotte pour s'ouvrir et aimant
Sans but ni profit vers ses semblables, lingam


O muse à mon âme

O muse à mon âme, sauras-tu calmer la puissance de mes embruns
O muse de mon cœur, sauras-tu apaiser la violence de l'écume

Je la vois, et je me perds dans mes illusions éveillées
Je la ressens, souvenir d'une peau, d'un baiser
Je l'entends, mémorial d'une voix aux symphonies alysées
Je la perds, commémoration d'années qui ne furent qu'une matinée

O muse à mon âme, sauras-tu calmer la puissance de mes embruns
O muse de mon cœur, sauras-tu apaiser la violence de l'écume

Je sens encore ses parfums multiples, alchimiques et corporels
Je me refroidis de sa chaleur disparue surnaturelle
Je reçois une gifle de ses longs cheveux balayés par le vent
Je me souviens de la douceur de son dos, de sa nuque, les buvant

O muse à mon âme, sauras-tu calmer la puissance de mes embruns
O muse de mon cœur, sauras-tu apaiser la violence de l'écume

Je suis transpercé de son regard bleu qui ne me voit plus
Je m'obstine à chercher la nuit le contact de sa main nue
Je ferme mes yeux et perçois ses lèvres exquises
Je porte en moi toujours les stigmates qui se dogmatisent

O muse à mon âme, sauras-tu calmer la puissance de mes embruns
O muse de mon cœur, sauras-tu apaiser la violence de l'écume

Je n'est plus, Tu es toujours, Nous n'est plus qu'un linceul
Je ne vivait que par le Nous, maintenant mes maux gueulent
Je n'est plus q'un jeu de mots, où les rythmes dépriment
Je se reconstruit malgré lui, au travers de ses maigres rimes

O muse à mon âme, sauras-tu calmer la puissance de mes embruns
O muse de mon cœur, sauras-tu apaiser la violence de l'écume


Correspondances : Lettre 3

Lettre 3

Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. J'écris ma lettre, et lorsque je ferme les yeux, sans dormir, ce n'est pas un rêve, je perçois une réponse. Mais celle-ci est diffuse et j'ai beaucoup de mal à suivre le sens de ce qui m'est répondu, ou du moins ce que je prends pour une réponse.

C'est comme une mélodie que l'on a entendu et que l'on se rappelle dans sa tête, un souvenir d'un lieu, d'un baiser. Si ce n'est qu'ici, ce ne sont pas des souvenirs. Mon cerveau lui-même ne les accepte pas comme tels. Je ne sais quoi en penser. D'ailleurs j'ai du mal à penser... Je suis troublé par ces idées, car ce sont des thèmes, des idées qui me parviennent, sous différentes formes, et non des mots, des phrases claires et précises. Je suis perturbé mais en même temps, je ne me sens pas effrayé. Juste perdu devant l'inconnu, comme tout être humain le serait...

Foison de vies - Chapitre 20

Chapitre 20

Vie 3

Au cinquième jour avant l'approche du corps céleste inconnu, je mets mon scaphandre et je m'isole dans la pièce où se trouve les panneaux d'accès aux connecteurs de l'ordinateur qui pilote ce vaisseau. J'isole les différents liens et ce qu'ils peuvent transporter. En fait, je n'ai pas trop la connaissance électronique de cet enchevêtrement pour discerner ce qui est utile de ce qui ne l'est pas... Et puis, je me dis que quelque part il y a aussi un boîtier qui rassemble tous ses fils pour fusionner les informations.

Je suis donc les fils et j'arrive effectivement sur une sorte d'énorme boîte où bien d'autres viennent encore s'y fusionner. Je décide de brancher un dérivateur radio sur le plus gros des câbles, en espérant que c'est une bonne solution. De l'autre côté, bien protégé avec ma combinaison, j'ouvre la malle qui contient ce que j'ai ramassé. Pour les cartes spatiales, on verra après. L'ordinateur devrait être capable de me dire quoi en faire. Non, je me concentre sur ce petit robot que j'ai construit. Je lui ai implanté un haut-parleur, déniché dans les réserves, ainsi qu'un système digital qui fera office de synthèse vocale. Avec ma tablette, je fais des essais en envoyant un signal sur le récepteur radio de la caisse à savon.
"Un... deux... trois..."

mardi 14 novembre 2017

Rentrer dans sa tombe vivant

A la poursuite de l'éveil, et sans dormir
Ses pensées passées sans avenir, au présent
Assis et voyageant dans un monde inhérent
Sans bouger mais coulant comme l'eau d'un soupir

Se tourner vers l'autre face à un mur transi
Voir l'Univers entier en ne regardant rien
S'émouvoir du reflet dans ce lac aérien
De la Lune irisée et que nul ne saisit

Expirer vers le bas, tête vers les étoiles
Pour exprimer des mots silencieux et fragiles
Inspirer l'énergie, sans effort, son argile
Libre là d'exister et de hisser ses voiles

Rentrer dans sa tombe vivant, voir la lumière
Ne cherchant aucune récompense ou désir
Aimer sans comprendre, Donner sans réfléchir
L'eau change tout le temps, demeure la rivière

Sa surface ne sait le miroir de la Lune
Ni la Lune ne sait comment est son image
Sans l'une ou l'autre, aucun songe offert au sage
L'interdépendance tel notre espoir immune

http://www.zen-deshimaru.com/sites/default/files/pictures/images/clair_de_lune.jpg


Correspondances : Lettre 2

Lettre 2

Je ne sais si j'ai rêvé ou si cela est réel. Mais une voix, une image, sans mot mais expressive s'est approchée de moi. Elle a engagé une relation que je ne comprends pas mais que je perçois. Une infinité de subtilités que mon vocabulaire ne saurait couvrir. Pourrais-je renouveler cette expérience ? Je ne le sais pas, mais je me dois d'essayer.

Et si les réponses à mes questions, les questions à mes réponses pouvaient être enfin révélées ? Et si cet ego pouvait enfin trouver sa place, en harmonie avec ma conscience, et vivre enfin, non pas à genoux, épuisé, mais libre et droit ? Et si je pouvais enfin respirer, inspirer cet air qui insuffle la vie en moi ? Et si je pouvais enfin communiquer ?

Foison de vies - Chapitre 19

Chapitre 19

Vie 2

Voici ce que je découvre, hors de mes capacités de compréhension, mais cela doit être cela, l'humanité :
Lorsque j'ai traversé cette porte de notre univers
Ma conscience s'est ouverte et j'ai vu
Non pas de mes yeux, mais de cette certitude nue
Celle qui embrasse l'humain contre tous et envers

"Je" n'était plus, "Moi" non plus, il n'y avait que le "Tout"
Sentiment étrange et de perte totale de repère
Mais pourtant se retrouvant soi-même et fier
Enfin je suis, ici et maintenant, sans début ni bout

lundi 13 novembre 2017

Luminescence aveugle

Lorsque mes nuits se terminent, un nouveau rêve
S'éprend de ma conscience alitée et sans trêve
Une déesse illumine mes yeux fermés
Belle, elle resplendit dans mon cœur fatigué

Telle une chaleur froide enveloppant mes draps
Je m'envole cloué sur mon lit, croix en bras
Je ressens ce doux lac que rien ne vient troubler
Sauf mes pauvres désirs d'un cerveau endiablé

Le silence est profond tel ce ciel étoilé
Je n'entends que ma seule inspiration brûlée
Par ce scintillement dégagé par cette Ève
Luminescence aveugle empoisonnant ma sève

Et pourtant à chaque matin je désespère
De la revoir mirage en ma caboche en vers
Et contre tout, je prie non un dieu mais en moi
Pour ressentir encore en mon cœur cet émoi


La lave de mes yeux

La lave de mes yeux s'enfuient dans les ravins
Creusés par l'érosion de ma naissance à mort
Coulant le long du mont inaccessible à tort
Elle entraîne avec son feu mon froid cristallin

Elle finit sa course au bord de mon espace
Et rencontrant l'hiver désolé m'entourant
Elle se fige enfin en cendres se mourant
Plus vivante que mes mots éternels, fugaces

L'explosion projète les téphras de mon cœur
S'élevant dans toutes mes profondeurs malignes
L'air vicié en devient plus respirable en signe
De mes émois soufrés purgés par tous ses pleurs

Le sang rouge est si bleu que mes yeux se résignent
A se fermer ouverts, océan déserté
D'un ancien monde qui renaît inadapté
Les larmes de mes cieux s'effacent en grafignes


Correspondances : Lettre 1

Lettre 1

O ma conscience, voudras-tu bien me permettre de parler à travers toi à ce qui ne m'est pas révélé ? O mon être fini, pourras-tu aller au-delà de tes limites et pouvoir atteindre cet infini, cet océan sans limite, dont je ne vois que l'écume ? O pauvre chair putride, dont la décomposition a commencé dès sa naissance, pourras-tu dépasser le temps et l'espace qui me sépare de cet idéal ? O pauvre ego, toi qui ne voudrais que te connaître toi-même, mais qui ne peut exister sans connaître ce qui t'entoure, sauras-tu affronter sans violence ces vérités, ces absolus, si tu veux être accompli ?

Mais à qui m'adresser ? A dieu ? Non, s'il existe, peut-être puis-je être entendu mais sa réponse me restera intelligible. A un autre être vivant ? Non plus, sa finitude ne saurait combler le pont qui me sépare de cette immensité, d'un côté mon vide, de l'autre tout. A une pierre ? Que je sache, elle n'a point d'oreille et ne saurait me lire.

Foison de vies - Chapitre 18

Chapitre 18

Vie 1

A la fin de sa première année doctorale, il a déjà accompli une énorme partie de son travail. Il lui faut absolument être publié s'il veut pouvoir obtenir son diplôme et, pourquoi pas, intégrer une équipe de recherche spatiale.

Mais c'est là que se corsent les choses ! En effet, il faut non seulement écrire les articles sous une forme à la fois compréhensible par les non ultra-spécialistes, mais aussi donnant les gages du sérieux de ses travaux. Il faut ensuite recevoir sans s'énerver les retours de demandes de corrections, au mieux, ou de rejets, au pire sur ses articles. Et les justifications apportées pour l'une ou l'autre sont si loin des problèmes posés. Il n'y voit que des êtres égotiques, centrés sur leur "moi, moi, moi". Ils occupent des places importantes, et ne veulent pas qu'un jeunot viennent les bousculer.

dimanche 12 novembre 2017

L'esclave libéré

Lumières éteintes, silence assourdissant
Aveuglé d'un vide, mouvements impassibles
L'homme au nom inscrit et néanmoins illisible
L'artiste otage de son affranchissement

Ces dernières notes firent écho au vide
Laissé par sa présence irrésistible et nue
La nuit nous privait là d'un Soleil, voix aigüe
Aux graves si profond, extraverti timide

Son piano jouait des cordes électrisées
Sous ses mains aux milles instruments, peine en joie
Les colombes pleurent de n'avoir plus de voix
Sa guitare éteinte, bonheur aseptisé

Mes nuits lumineuses sont bercées par ses chants
Mêlant l'amour et la révolte d'un humain
Certains diraient génie, pour moi fut un chemin
Vers les astres terriens, profondeurs du couchant

Controversé, mêlant féminin masculin
Signe des temps, secret, aux baisers singulier
Parfois il neige en Avril, son brasier noyé
Il n'est pas décédé pour nous, ses orphelins

By Zarateman - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38129278

Foison de vies - Chapitre 17

Chapitre 17

Vie 3

La matinée, je passe effectivement plusieurs heures à maîtriser cet engin de bric et de broc. Sa maniabilité est loin d'être parfaite, du fait de ses roues crantées, de son moteur un peu trop réactif. Je dois corriger le couplage pour assurer un déplacement plus souple et moins saccadé. Le bras articulé est aussi difficile à manier. Non pas qu'il ne se déplace pas correctement et n'attrape pas les objets tel que je le veux, mais ça, tant que je vois le robot. Si maintenant, je me fis aux caméras, sans voir le robot en direct de mes propres yeux, je m'aperçois que je n'ai rien d'un ergonome. Les caméras sont mal placées. Je dois donc les repositionner. Après plusieurs essais et erreurs, j'arrive enfin à un résultat acceptable. Je décide donc, après avoir grignoté un repas, de passer à la phase suivante.

Je m'approche avec le robot qui me précède du sas isolant le compartiment irradié. Je mets ma combinaison spatiale, au cas où des radiations s'échapperaient lorsque j'ouvrirais la porte blindée. Je m'aperçois que cela limite d'ailleurs mes capacités à bien commander le robot, ma vision étant plus limitée et mes mains engoncées dans les gants épais. Mais il ne s'agit que de le faire rentrer puis de refermer le tout.

samedi 11 novembre 2017

Lettre existentielle

Communiquer, se rencontrer, dialoguer, négocier, parler, se confier, s'exprimer, expliquer, présenter, demander...
Comment alors que le message ne passe même pas en nous ?
Comment alors que les mots prennent leur racine dans notre âme, fermée, cloisonnée, obstruée, coincée, blessée, ignorée ?
Comment alors que l'esprit ne sait plus - a-t-il su ? - analyser, expliquer... ?
Comment répondre ? Les mots sont autant de trahison.
Comment ? L'esprit est un faux-semblant rassurant.
Comment ? Com-ment ? 2 syllabes, 2 sons, 2 bruits qui n'ont plus de sens à force de les répéter... Chaque mot perd sons sens dans les méandres de chacun...
Quel mot - s'il en existe - a les mêmes consonances, les mêmes racines, quels que soient le cœur, l'âme qui les exprime... ? Si l'âme est le siège des mots, si Dieu ou un équivalent existe, si l'âme existe, si..., alors que sont les mots des morts, des anges... ?
Si l'âme n'existe pas, si les mots n'existent pas, si nous n'existions pas,... si nous n'étions que du bruit, si le bruit n'est que du vent, si le vent n'était rien...
Comment dire si ? Si on peut dire comment ?
Pourquoi ces questions ? Pourquoi ? Comment ce pourquoi ? Le vide revient sans cesse se glisser entre les mots, tentant d'écarter chaque lettre les unes des autres afin qu'elles en perdent leur sens et que nous perdions les nôtres.

Et si la vie n'était qu'un mot, qu'une phrase, la mort l'expiration finale, le point... final d'une dictée...


Lettre d'un fou au feu

Courant médiéval d'une pensée dissolue... L'art renait des cendres, dit-on... Des quelles ?

L'âge n'y fait rien ! Seules les heures à ne rien penser apportent le bonheur : heureux les simples d'esprit ! L'intelligence, dédoubleur de personnalité, crée le vide là où il n'y avait qu'un. Un devient deux, deux s'opposent, l'opposition détruit. Le vide observe les restes, les épaves. Mes épaves flottent sur ma conscience. Un océan de pensées troubles secoue ces morceaux déchirés d'âme et d'esprit. Le radeau de mon intégrité se disloque lentement, sans couler, sans flotter, sans espoir, sans défaite. Ses occupants ne peuvent devenir anthropophages, il faudrait alors qu'ils se bouffent la main droite en se la tenant par la main gauche.

Jusqu'à quel point peut-on ce digérer ? Les marées se suivent, tantôt océan, tantôt désert dans un verre d'eau, les branchies ouvertes vers le monde extérieur en attente d'un signe, d'un écho, d'un je ne sais quoi qui ne viendra pas. Rien ni personne ne voudra l'y chercher. Président d'île déserte, patron d'une usine inexistante, intellectuel d'idées mortes, sentimental de bois et de pierre, tourne et tourne autour de la terre, autour des gens, de moi à ma recherche... Trouver chez les autres ce que je ne trouve pas, ce qui ne peut être chez moi et trouver ce que je chercher mais ne pas comprendre. Et continuer, l'erreur n'est-elle pas bénéfique ? Je suis l'obstination... Mais l'inutile peut-il être obstiné, peut-il avoir une conscience... ?

La vie tourne, tourne, tourne autour de moi. J'essaye de la suivre, mais où commence, où fini ? Un cercle n'a pas de fin, ni début. Et je fonds, je feins, je fuis. Mais le cercle devient bulle, bulle de feu et je grille.

Grille ? Tiens ! Les cendres...


Imprimer la page